LIGIER JS 1/JS 2, hommage à Jo Schlesser

Histoire

 

LIGIER JS 1/JS 2

Deux GT en hommage à Jo Schlesser.

Beaucoup pensent que la marque Ligier n’est qu’un constructeur de voiturettes. Pourtant, il fut un temps où vitesse et performances rimaient avec les valeurs de la firme vichyssoise. Celles-ci ont prit incarnation sous les traits de la JS 1/JS 2, deux GT françaises en hommage à Jo Schlesser qui furent marquées par l’audace de son concepteur. Coup de projecteur sur un oiseau rare !

I° Ligier avant Ligier.

Vichy et sa banlieue sont le berceau d’une belle histoire automobile française. Car c’est dans cette ville en 1930 que Guy Ligier voit le jour. Hélas dès son enfance, le destin lui réserve de mauvaises surprises. Il devient orphelin à l’âge de sept ans. Puis six ans plus tard, il exerce le métier de garçon-boucher. Ces épreuves difficiles vont faire naître en lui une grande détermination et une volonté sans faille qui vont le pousser vers la réussite.

Dès 1957, il utilise ces qualités pour créer sa société de travaux publics. D’abord, il sous-traite les travaux pour une entreprise vichyssoise puis achète dès 1960 sa première pelle mécanique. Son titre de champion de France de moto l’aide à financer son investissement. Rapidement, il acquiert une renommée nationale en aménageant le plan d’eau de Vichy. En 1972 déjà, il possède plus de 300 engins qui tournent à plein régime dans les chantiers de l’aéroport de Roissy et de l’Autoroute de l’Est.

Mais les Caterpillar ne sont pas la seule passion du jeune Guy. La sportivité s’inscrit également dans ses gènes.

En effet, l’homme multiplie au fil des ans de belles victoires. Il est champion de France d’aviron en 1947, puis de rugby. Par manque de chance, il abandonne cette discipline en 1955 suite à un accident. Il peut alors exercer tout son talent dans les sports mécaniques dès 1959 en remportant le championnat de France de moto en catégorie 500 cm3. Puis, il décide de passer à l’automobile l’année suivante. Les choses sérieuses peuvent alors commencer.

Il dispute son premier Grand Prix de F1 en 1966, gagne les 12 Heures de Reims l’année suivante avec son ami Jo Schlesser. Hélas, ce dernier meurt tragiquement dans l’incendie de sa voiture suite à un accident, au troisième tour du Grand Prix de France à Rouen-les-Essarts.

Pour autant, il ne se laisse pas aller. Dès 1969, il se décide à concrétiser le projet qu’il avait en commun avec son ami disparu : lancer une GT française. Il teste d’abord ses créations en compétition car il estime qu’au bout de dix années d’expérience dans la course, un pilote se doit de réaliser sa voiture. Il se constitue donc une équipe dans laquelle se trouvent Michel Têtu, Claude le Guezec et Gilbert Gorin.

II° Ligier JS 1 : voiture de course et de salon.

Guy Ligier reste cependant très affecté par la disparition de Jo Schlesser. Afin de lui rendre hommage, il prend la décision de baptiser J.S. les modèles de la marque.

Quatre versions de JS 1 vont voir le jour mais la dernière reste inachevée.

La première du nom se veut légère et compacte, deux idées que Guy Ligier tire de ses expériences de course. En 1969, un premier châssis-poutre est réalisé par Michel Têtu mais celui-ci est abandonné car trop lourd (80 kg !). L’aluminium est donc employé pour le deuxième allégeant son poids de 30 précieux kilos. L’italien Pietro Frua a pour mission de se charger du design de l’auto avec pour mot d’ordre : visibilité et maniabilité. Ensuite, les spécialistes anglais Marchant & Rose entrent en piste pour le moulage de la carrosserie, qu’ils effectuent lors de leurs vacances dans l’Allier. Enfin, la JS 1 est présentée au salon de Paris 1969 dans une teinte rouge. C’est la naissance des Automobiles Ligier.

Quelques essais privés ont lieu avant la course du Critérium des Cévennes. Pour cela, elle est équipée de jantes larges et de projecteurs additionnels. Février 1970 voit l’arrivée d’un nouveau moteur de 240 ch sous son capot baptisé FVC, en remplacement du Cosworth FVA de 220 ch. Quelques modifications esthétiques, techniques et réglementaires ont lieu : les voies s’élargissent, les pare-chocs disparaissent et les phares rectangulaires sont troqués pour des doubles optiques rondes sous plexiglas. Ainsi, la JS 1 N°1 remporte une victoire méritée à Albi, puis court à Nogaro et au Castellet.

La seconde mouture de JS 1 apparaît en 1970 en vue des essais des 24 H du Mans. La première ayant principalement servi comme voiture de salon, celle-ci est réservée à la course. Et elle continue de remporter des victoires comme par exemple à Montlhéry où elle gagne les coupes des USA. Puis, l’occasion arrive pour Michel Têtu de tester en avant-première sa suspension antiroulis aux 24 H du Mans. Belle prouesse technique ! Le bolide court également au Castellet et à Nevers-Magny-Cours. Enfin, c’est avec un moteur Ford V6 2.4, préparé par Weslake que la JS 1 N°2 dispute le Tour de France cette année-là.

Dans la recherche de la perfection, la JS 1 N°3 subit quelques modifications puisqu’elle bénéficie directement du moteur Ford V6 Weslake de 225 ch, accouplé à une boîte Citroën. Elle apparaît à l’occasion du Tour de France.

Enfin la dernière JS 1 est mise en chantier mais n’aboutira jamais. Pourtant, le châssis et la carrosserie sont fabriqués…

III° Ligier JS 2 : de l’expérimentation au modèle de série.

Guy Ligier pense déjà à l’entrée en production de sa voiture. Une année de compétitions et d’expérimentations se sont écoulées et il reste quelques modifications à apporter : Frua affine l’avant.

Sous le capot, le choix s’est arrêté sur le V6 allemand Ford de 165 ch. Mais de peur que la JS 2 vienne concurrencer la GT70, – qui ne sortira jamais ! – Ford change d’avis et refuse de fournir les moteurs au constructeur de Vichy. Guy Ligier se tourne donc vers le quai de Javel et signe un accord avec Raymond Ravenel, PDG de Citroën, qui se charge d’équiper la JS 2 de moteurs Maserati.

Pour que cela puisse s’accomplir, Michel Têtu doit faire quelques modifications durant l’hiver 1970-71. Il retouche donc le berceau arrière du châssis afin d’accueillir le gros V6 Maserati ouvert à 90° alors que le moteur Ford lui, l’est à 60°.

Côté carrosserie, cela travaille dur chez Pichon-Parat. Quelques remaniements esthétiques, pratiques, économiques et légaux – comme la création de l’emplacement de la plaque minéralogique – son réalisés. Au total, on ne peut compter qu’un seul modèle expérimental de JS 2 avant sa mise en production. Au salon de Paris 1971, quelques légères retouches sont apportées à la veille de son entrée en production.

C’est en novembre 1972 que les premières voitures sont livrées. La première JS 2 de série possède une carrosserie orange. Mais pour avoir le privilège d’en posséder une, il faut débourser 74 000 francs. Un atout vient faciliter sa fabrication en série, à savoir sa carrosserie en fibre de verre renforcée de résine synthétique. Esthétiquement, cela ne choque pas. Le dessin est plutôt réussi grâce à sa ligne basse et courte mais aussi, par ses doubles optiques avant placées sous une bulle de plexiglas. Quant à l’arrière du véhicule, on retrouve les feux empruntés aux « 504 Coupé » qui sont parfaitement intégrés à l’ensemble.

Côté sport, Ligier engage sa JS 2 en compétition. En 1974, pas moins de deux modèles à moteur Maserati sont engagées aux 24 H du Mans dont la N°15 pilotée par Jacques Laffite et Alain Serpaggi, qui remporte la huitième place. L’année 1975 marque la dernière participation aux 24 H du Mans et la N°5 pilotée par Jean-Louis Lafosse et Guy Chasseuil termine avec une respectable deuxième place.

Des résultats encourageants qui promettent un bel avenir. Et pourtant…

IV° Conclusion : le choc pétrolier sonne le glas des Automobiles Ligier.

1974 est une année noire pour beaucoup de constructeurs automobiles suite au premier choc pétrolier. En effet, la marque aux chevrons laisse tomber sa mythique SM, vaisseau amiral du quai de Javel. Chez Renault, la R12 perd son titre de voiture la plus vendue de l’année au profit de la R5. Et toutes les grandes marques sont concernées par la perte de vitesse des ventes de véhicules de moyenne et haut de gamme. Il faut donc que l’on se fasse une raison : les autos sportives et celles de luxe n’ont plus la cote. L’époque change et Ligier voit le bateau couler.

Afin d’essayer de redresser la barre, la firme auvergnate restyle sa JS 2 en 1975. La face avant, mieux réussite que la phase précédente, est complètement revue et s’offre des phares escamotables. Hélas, les ventes continuent de chuter et sept exemplaires de JS 2 « série 2 » trouvent acquéreurs. S’ajoute à cela le fait que Maserati qui était sous le giron de Citroën, passe sous la tutelle de GEPI avant d’être vendue à De Tomaso en 1976. Car en effet, le quai de Javel se trouve en grande difficulté financière. Ligier n’a donc plus le choix que de mettre fin à la production de sa JS 2, faute de disposer d’un moteur pour la propulser.

Au total, ce seront environ cent exemplaires qui seront produits de 1971 à 1975, laissant une belle emprunte dans l’histoire de l’automobile sportive en France.

Romain Orry

Written by Jack

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