HUMBER SCEPTRE – Le déclin du groupe Rootes. EP2

Histoire

HUMBER SCEPTRE 6

Comme il est de coutume au sein du groupe Rootes (Une stratégie industrielle et commercial calquée sur celle qui est pratiquée aux Etats-Unis par General Motors, Ford et Chrysler), le cahier des charges remis par la direction prévoit, dès le départ, que ce projet doit aboutir à la réalisation d’une base, c’est à dire d’ une « plateforme » qui devra servir de base aux trois principales divisions du groupe (à savoir Hillman, Singer et Sunbeam) et pouvoir, dès lors, être utilisée pour des modèles qui seront commercialisés sous ses trois noms. Sur le plan technique, le moins que l’on puisse dire est que ce futur trio ne fait pas vraiment preuve d’audace et, au contraire, demeure fidèle à des solutions aussi classiques qu’éprouvées, avec une caisse monocoque pour la structure (ce qui demeure toutefois plus moderne que le classique châssis séparé auquel reste fidèle certaines de ses concurrentes) ainsi que, pour la suspension, d’un essieu arrière tout ce qu’ il y a de plus rigide. Quant au moteur, il s’agit d’un quatre cylindres culbuté tout aussi classique lui aussi, que l’on retrouve déjà, depuis de longues années, sur une grande partie des modèles du groupe. Bien plus que sur cet aspect-là, c’est surtout sur le plan du style que ces nouveaux modèles reçoivent leur identité respective et propre à chacun d’eux. Si la future Hillman, étant donné qu’elle s’adresse à une clientèle « populaire » et doit donc séduire la plus large clientèle possible, demeure fidèle (tout comme une grande partie de ses concurrentes, aussi bien anglaise qu’étrangères) au style « euro-américain » alors à la mode en cette fin des années 50. (Il n’y a qu’ à voir les Austin, Morris et autres similaires de chez BMC, les Simca Ariane et Chambord en France, sans compter les modèles produits par les filiales allemandes comme anglaises de Ford et General Motors pour s’en rendre compte). C’est aussi le cas de son homologue au sein de la gamme Singer. La future Sunbeam, elle, en revanche, se différencient nettement de ses « cousines » et présente des lignes plus personnelles et plus « osées », en tout cas en ce qui concerne le dessin de la proue, avec ses quatre phares ronds qui encadrent la calandre traditionnelle des Sunbeam, à la forme immédiatement reconnaissable (qui évoque, tout à la fois, un radiateur, un bouclier ou un blason), ainsi que par son pare-brise et sa lunette arrière « panoramiques », qui cèdent, là aussi, à un effet de mode venu des Etats-Unis. En tout cas, à eux seuls, ils confèrent une personnalité bien particulière à la voiture. Par rapport aux Hillman et Singer, la nouvelle Sunbeam se distingue également par sa présentation et son équipement intérieur, l’habitacle se montrant, en effet, particulièrement accueillant et raffiné, fidèle en cela aux qualités qu’offraient ses devancières au sein de la gamme Sunbeam, ainsi qu’à la tradition des « sports saloons » britanniques, lui permettant ainsi, sur ce plan, de concurrencer sans difficultés ses principales concurrentes, comme la Triumph Vitesse ou la MG Magnette. La seule chose que l’on peut lui reprocher est que, par rapport à la précédente génération de la Sunbeam Rapier ou à la Hillman Minx, bien qu’elle soit d’une taille sensiblement plus grande, elle est aussi plus lourde que sa devancière. De plus, l’inconvénient majeur pour son constructeur est que le prix de revient de ce nouveau modèle est nettement plus élevé.

HUMBER SCEPTRE 8

Ce que constate d’ ailleurs bien William Rootes lorsque ce dernier vient procéder à l’examen final du prototype. Un examen dont du verdict dépendra le feu vert (ou le veto) pour l’industrialisation et donc la mise en production. A la même époque, en examinant les chiffres de production des différents modèles du groupe, Lord Rootes se rend compte que, d’une part, en dépit de son âge « avancé », l’ Hillman Minx affiche des chiffres de vente encore appréciables et, d’autre part, que (notamment aux succès obtenus dans les rallyes), la Sunbeam Rapier, dans sa monture actuelle, remporte toujours, elle aussi, les faveurs du public. Face, d’un côté, au succès que remporte toujours ces modèles mais dont il se doute bien, néanmoins, que celui-ci ne durera pas éternellement et qu’ils devront donc, tôt ou tard, être remplacés et, de l’autre, à un nouveau modèle dont la conception (qui a, évidemment, représentée un énorme investissement, tant sur le plan financier qu’en terme d’ heures de travail pour les stylistes et les ingénieurs) est maintenant entièrement achevée et qui est donc prêt à entrer en production, le président-fondateur du groupe Rootes se retrouve très vite face à un « dilemme ». C’est-à-dire devoir faire un choix « cornélien » entre, d’un côté, lancer la production d’ un modèle qui, maintenant que sa conception est finalisée, doit, être mis sur le marché dans un « délai raisonnable » (autrement dit assez rapidement, au risque, sinon, de se faire prendre de cours par la concurrence) et, de l’autre, la volonté (comme tout dirigeant de n’importe quel constructeur et suivant, en cela, la logique commercial la plus « pure ») d’exploiter jusqu’au bout, le « filon » que représente le succès que connaît toujours la vieille Hillman Minx. En plus de cela, William Rootes doit aussi prendre en compte, dans cette équation dont dépendra la décision qu’il devra prendre, la situation financière, comme on l’a dit, assez délicate dans laquelle se retrouve le groupe. Non seulement à cause des pertes engendrées par la longue grève de la British Light Steel mais aussi par l’industrialisation longue et difficile qu’ a connue la nouvelle Hillman Imp (qui va d’ailleurs connaître un lancement assez catastrophique). Autant de facteurs importants dont le patron du groupe est obligé de tenir compte et de peser soigneusement le poids dans la balance, qui expliquent la décision finale qu’il finira alors par prendre et qui, de prime abord, peut paraître assez surprenante. S’il finit par donner son accord au lancement de la production des nouvelles Hillman, Singer et Sunbeam, il choisit toutefois, en parallèle, de maintenir les anciens modèles (que ce nouveau trio devait pourtant remplacer). Une décision que William Rootes, au vu de l’état assez préoccupant des finances du groupe, a sans doute pris afin de limiter les risques. Si celle-ci apparaît assez « sage », ou, en tout cas, pragmatique, elle va pourtant, rapidement une erreur de taille pour le groupe Rootes.

HUMBER SCEPTRE 8

Lorsque le public découvre, en 1961, les nouveaux modèles du groupe Rootes, si la nouvelle Hillman Super Minx et son homologue, la Singer Vogue, sont bien présentes, en revanche, aucun nouveau modèle similaire n’est encore présent au sein de la gamme Sunbeam. Ce n’est finalement qu’au début de l’année 1963 qu’est présenté le troisième modèle du trio et lorsque ce dernier est dévoilé au public, celui-ci ne cache pas sa surprise ainsi que le sentiment assez dubitatif qu’il suscite auprès de lui. Cette interrogation et ce sentiment mitigé s’expliquent, en premier lieu, par la marque sous laquelle ce nouveau modèle est commercialisé. Non pas au sein de la gamme Sunbeam, comme le public et la clientèle s’y attendaient mais au sein du catalogue Humber. Les dirigeants du groupe Rootes ayant, en effet, décidé, en cours de route, de changer leur fusil d’épaule et de commercialiser celle qui devait venir épauler les nouvelles Hillman et Singer en l’incorporant, au final, à la division « haut de gamme » du groupe.

HUMBER SCEPTRE 9

La raison de ce changement de stratégie et donc de programme est à mettre sur le compte des responsables des services commerciaux du constructeur ainsi qu’à William Rootes lui-même. (De façon assez vraisemblable et logique, puisque, en tant que président du groupe, c’est lui qui a la haute main sur toutes les grandes décisions concernant les choix stratégiques ainsi que la conception et le lancement de tous les nouveaux modèles). Cette décision prise par Lord Rootes et les principaux cadres du groupe de « privilégier », en quelque sorte, la marque Humber au détriment de Sunbeam pour celle qui devait venir compléter le trio des nouveaux modèles du groupe trouve son origine dans le vieillissement, important et flagrant, du reste des modèles de la marque, les Hawk et Super Snipe, surtout face à leurs principales concurrentes, les Rover et Wolseley. Notamment avec l’arrivée annoncée du futur modèle de la marque au drakkar, la P6 (qui sera dévoilée en 1965). Les responsables du service commercial du groupe, ainsi que ceux de la marque Humber, estiment donc utile, et même important, d’intégrer un nouveau modèle au catalogue afin d’apporter un « vent de nouveauté » et de remettre celle-ci à l’avant-plan. Face à ce jugement qui était fondé, la décision de lancer un nouveau modèle au sein de la gamme Humber peut donc apparaître, en elle-même et de prime abord, à la fois justifiée et judicieuse. Un choix qui aurait probablement atteint son objectif… Si, toutefois, William Rootes et les autres cadres dirigeants du groupe avaient été jusqu’au bout du raisonnement que supposait cette décision. A savoir concevoir et commercialiser un modèle qui (S’il devait évidemment, partager un certain nombre d’éléments avec les autres modèles du groupe, notamment ceux de la marque où il devrait s’intégrer) ait été spécifiquement conçu, dès son origine, pour devenir un modèle de la marque Humber. Un modèle qui posséderait donc, à la fois, son identité propre et qui reprenne aussi, en grande partie, « l’ADN » de ses devancières. Malheureusement, toutefois, pour la nouvelle Humber, les finances du groupe Rootes étant alors ce qu’ elles sont, Lord Rootes, comme les autres membres du directoire du groupe, savent qu’ ils n’ont plus guère les moyens de s’ offrir le « luxe » de faire étudier et ensuite mettre en production un modèle entièrement nouveau et que, à défaut, ils n’ont guère d’autre choix que de se rabattre sur un « plan de secours » ou une « solution d’économie » en mettant sur le marché

HUMBER SCEPTRE 10

En ce qui concerne Sunbeam, qui se voit ainsi privée du modèle qui lui était destiné à l’origine, la direction estime que cela ne portera, de toute manière, que cela ne lui guère « préjudices » et que sa division « sportive » saura assez bien s’en accommoder. Il est vrai que grâce au succès que remportent le cabriolet Alpine (Qui eut l’honneur d’être la toute première voiture de James Bond, puisque c’est un cabriolet de la seconde génération qui fut conduit par Sean Connery dans James Bond contre Docteur No, tourné en 1962) et le coach Rapier, la marque se porte donc assez bien d’un point de vue financier et commercial et le renouvellement, même partiel, de son catalogue n’apparaît donc pas, aux yeux de Lord Rootes comme du reste des cadres du groupe, comme une priorité. Ces derniers décidant donc d’accorder leur attention et de focaliser leurs efforts sur l’avenir de Humber.

HUMBER SCEPTRE 11

En tout état de cause, lorsque le public découvre la nouvelle Humber Sceptre, en janvier 1963, même ceux qui n’ont jamais roulé au volant des voitures de la marque ou qui n’ont font pas partie de la clientèle visée, devinent rapidement (pour ne pas dire dès le départ) que celle-ci n’avait pas été conçue, à l’origine, pour être une Humber. Il n’y a que la comparer avec les autres modèles de la gamme, ainsi que ceux que Humber avait produit par le passé, pour s’en rendre compte. Tout d’abord par ses lignes, qui tranchent nettement avec celles, plutôt « guindées », des « vraies » Humber, et pour cause, puisque, en plus de sa calandre, dont le dessin évoque fortement (et pour cause!) celui des Sunbeam Rapier, celles de sa carrosserie, de leur côté, étant quasiment identique à celles des Hillman Super Minx et Singer Vogue. Bien que la lecture de sa fiche technique montre bien qu’elle n’est pas une véritable voiture de sport (au sens strict du terme), comme les précédentes berlines Sunbeam (Ce qu’elle devait donc être au départ), la Rapier (puisque ce devait être son appellation au sein de cette marque d’origine) se présentait néanmoins comme une « berline populaire familiale à tendance sportive ». Un créneau dans lequel la marque Humber, quant à elle, ne s’était quasiment jamais aventuré et où, ne pouvant donc se prévaloir d’aucune « tradition » ni expérience dans ce domaine, il n’a donc guère de chance re réussir à se faire une place.

A SUIVRE

Written by Jack

Laisser un commentaire