AMILCAR COMPOUND – Une Hotchkiss « populaire ». Ep1

Histoire

AMILCAR COMPOUND 1

Créée en 1921, Amilcar fut d’abord un constructeur très apprécié pour ses cyclecars et ses voiturettes qui permettaient aux jeunes pilotes de découvrir à bon compte les joies de la conduite sportive. Une douzaine d’ années plus tard, les fondateurs d’Amilcar furent contraints de céder leur affaire à la Sofia (Société financière pour l’ automobile) dont les dirigeants donnèrent une nouvelle orientation à la marque Amilcar tout en lui conservant son nom d’origine.

Au cours de quelque vingt mois qui ont précédé le Salon de Paris 1937, trois événements se sont conjugués pour parvenir à la situation actuelle de la marque Amilcar qui dépend désormais de la puissante firme Hotchkiss. D’une part, Messieurs Sée et Briès, responsables de la Sofia, ont vite réalisé qu’il leur serait impossible d’ assurer la survie d’Amilcar s’ ils persistaient dans la production de leur unique modèle 12 CV Pégase, une voiture certainement intéressante mais trop coûteuse dans le difficile contexte économique de l’époque. Ils souhaitent donc disposer d’ un modèle plus économique et plus conforme à l’ image initiale d’Amilcar et décident alors de s’ adresser à Hotchkiss. Le constructeur de Saint-Denis venant, en effet, de devenir le nouvel actionnaire majoritaire dans le capital de la Sofia. D’ autre part, Henry Ainsworth, le patron des automobiles Hotchkiss, aimerait doter la gamme Hotchkiss d’ un modèle meilleur marché car il est conscient de la position fragile de ses traditionnelles berlines du « juste milieu », de plus en plus menacés par de nombreuses concurrentes bénéficiant de tout autant de qualités, tout en étant moins chères issues récemment de la grande série. Ainsworth demande alors au bureau d’ études de Hotchkiss de mettre à l’étude un prototype animé par le moteur 5 CV d’ une ancienne Amilcar. De son côté, dans ses ateliers de la firme Tracta, l’ingénieur Jean-Albert Grégoire a mené de son côté, avec l’appui de la puissante société Aluminium Français, l’étude d’ une voiture à traction avant de taille réduite qui se singularise par sa structure équipée d’une carcasse coulée en alliage léger. Grégoire termine le prototype de sa voiture en mars 1937 mais il ne dispose pas de moyens industriels suffisants pour la produire en série.

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Dès lors, les choses vont aller très vite, Henry Mann Ainsworth qui, avec M. Sée, s’intéressait depuis longtemps à l’ avancement des travaux de l’ ingénieur Grégoire, se laisse séduire par le prototype réalisé par ce dernier. Il signe un contrat avec l’ingénieur et décide de produire la nouvelle voiture chez Hotchkiss pour le compte de la Sofia qui la commercialisera sous le nom d’Amilcar. Simultanément, Ainsworth décide, dès lors, de faire stopper l’étude de sa 5 Cv « maison », dont il revend le prototype.

Entre le printemps et l’ automne 1937, les équipes de Grégoire et de Hotchkiss s’activent intensément afin que la nouvelle Amilcar, qui a reçu le nom de Compound, puisse être présentée au Salon qui doit ouvrir ses portes en octobre. Ils y parviennent mais en ne faisant que de la figuration car la voiture n’ est absolument pas prête et les deux exemplaires carrossés de l’Amilcar compound présentés sur le stand de la marque, sous les voûtes du Grand-Palais des Champs-Elysées, ne sont pas roulantes car aucun moteur ne se trouve sous leur capot. Après de nombreuses modifications et la mise au point d’ un moteur définitif, elle entre seulement en production à partir du printemps 1938 et ne débutera sa véritable carrière commerciale qu’ au Salon suivant.

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Lorsqu’elle fut révélée au Salon de Paris 1937, l’Amilcar Compound fut accueillie comme un événement, car elle rassemblait plusieurs solutions nouvelles. Son créateur étant connu depuis dix ans pour ses voitures Tracta à traction avant et il demeurait l’un des meilleurs spécialistes de ce mode de transmission. Compound, le nom de baptême choisi pour l’Amilcar, est d’origine anglaise. Il signifie littéralement « composé » et s’ applique à des organes, mécaniques ou autres, fonctionnant en association. C’est le cas ici, où l’ on trouve une carcasse coulée en alliage léger associée aux éléments de carrosserie : ailes, pavillon, portes, capot,… L’Amilcar Compound dispose en outre de quatre roues indépendantes, encore rares en cette fin des années trente.

La forme élégante de la Compound est due au styliste Vinciguerra qui a dessiné la carrosserie en s’ inspirant du coach Hotchkiss Grand Sport Modave. Basse et bien équilibrée, l’Amilcar Compound témoigne de bonnes aptitudes routières, mais son moteur est malheureusement indigne du reste de la voiture. La mécanique, affichant une cylindrée de 1 1985 cc, à soupapes latérales, s’ inspire beaucoup du moteur de l’Hillman Minx anglaise. Il faudra attendre l’ été 1939 pour que cet engin poussif soit remplacé par un nouveau moteur à soupapes en tête nettement plus brillant qui équipera seulement les modèles du millésime 1940.

Les Amilcar de l’ année-modèle 1939 conservent donc un moteur à soupapes latérales et ne diffèrent pratiquement pas des compound initiales, sinon par leurs feux de position montés en série et leurs phares chromés.

 

Pour l’année-modèle 1939, Amilcar ajoute un coach découvrable à la gamme de ses Compound. Cette multiplication des versions pourrait laisser croire que la voiture se trouve déjà bien implantée sur le marché. En fait, à la veille du Salon de Paris 1938, les ventes n’ ont pas encore commencé. Le démarrage de la production régulière avait bien été programmé pour le printemps 1938, mais à cause des difficultés techniques survenues lors de la fabrication des premières structures en alpax, les Compound sont restés jusque-là au stade de la pré-série. Après six mois d’angoisse, l’ingénieur Grégoire a pu enfin maîtriser ses problèmes en usine et les premières ventes de la Compound interviennent finalement en octobre 1938. D’abord timide (35 exemplaires seulement vendus au cours du dernier trimestre 1938), la diffusion des Amilcar augmente progressivement et atteint 423 exemplaires pour l’ ensemble du premier semestre 1939.

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Au terme de cette industrialisation assez longue et difficile, l’Amilcar Compound peut maintenant être considérée comme « mûre » et remplir donc le rôle qu’ il lui avait été dévolu depuis le début de sa gestation. A savoir devenir le modèle d’ entrée de gamme de la gamme Hotchkiss. Car, même si elle porte le nom d’Amilcar et non d’ Hotchkiss, c’ est bien à cela que la destine le constructeur de Saint-Denis, devenu, comme on l’ a dit, le principal actionnaire de la marque Amilcar. En ce qui concerne la gamme Hotchkiss, celle-ci, en cette fin des années trente, est fort bien fournie. A tel point que le client intéressé a, au début, un peu du mal à s’ y retrouver, avec pas moins de 26 modèles, à quatre ou six cylindres, répartis en trois catégories, allant de 13 à 20 CV fiscaux. Par rapport au modèle le moins cher du catalogue Hotchkiss, la berline 864, affichée au prix de 48 900 francs, l’Amilcar Compound, proposée, en version coach, à 33 400 francs, peut en effet être considérée comme une voiture « populaire ». Certes, ce tarif la place parmi les modèles les plus chers de sa catégorie, celle des 7 CV. Malgré tout, cela reste modique aux yeux d’ une clientèle assez « élitiste », éprise d’ originalité, souvent à la recherche d’ une seconde voiture pour la « maîtresse de maison » et pour laquelle les Peugeot 202 et surtout les Renault Juvaquatre et autres Simca Huit apparaissent trop conventionnelles/ Même si, au printemps 1939, les ventes commencent à peine à atteindre un certain « rythme de croisière », la direction de Hotchkiss peut néanmoins considérer que, maintenant qu’ elle a été entièrement fiabilisée, l’Amilcar Compound remplira, sans difficultés, pleinement son rôle et qu’ elle est promise à une belle carrière.

A suivre…

Written by Jack

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