J.P. WIMILLE – Le testament d’un pilote

Histoire

J.P. WIMILLE VOITURES 4

Cette J.P. Wimille « Cyclope » ne constituera toutefois qu’ une simple étape précédant la réalisation d’ un troisième prototype, dont l’ empattement et la longueur totale sont raccourcis de 6 cm. Elaboré au cours des années 1949 et 1950, ce prototype n° 3 achève ses essais à l’ époque du Salon de Paris de 1950, où il est exposé avec un moteur V8 plus puissant. Développant 66 chevaux (au lieu de 60 sur la version précédente), ce moteur est celui de la seconde Ford Vedette lancée un an plus tôt. La J.P. Wimille du Salon 1950 est présentée sur le stand des carrossiers Faget & Varnet qui envisagent, par le biais d’ une filiale, de produire et de commercialiser une série de quelques centaines d’ exemplaires de ce modèle, à un prix fixé aux alentours de 1 500 000 F (soit plus de deux fois le prix d’ une Citroën 15 CV, affichée 636 470 F à ce même Salon).

La conception mécanique de ce prototype n° 3 conserve les principaux éléments voulus par Jean-Pierre Wimille. Le châssis a fait l’ objet d’ une étude extrêmement poussée pour concilier les trois critères déterminant la meilleure tenue de route : le poids, la position du centre de gravité et la rigidité du châssis tubulaire. La rigidité, on le sait, tend à éliminer les réactions latérales et le shimmy dans la direction, ces deux inconvénients étant bien maîtrisés sur la J.P. Wimille n° 3.

J.P. WIMILLE VOITURES 5

La suspension à quatre roues indépendantes utilise des pièces d’ origine Ford, c’ est à dire que les barres de torsion initiales sont remplacées, ici, par des ressorts hélicoïdaux au centre desquelles se trouvent des amortisseurs hydrauliques télescopiques.

Le moteur ford V8 de 12 CV est disposé à l’ arrière, en avant de l’ axe des roues, permettant d’ obtenir un excellent centrage et une bonne répartition des charges. La J.P. Wimille se trouve ainsi divisée en deux parties nettement séparées. D’ une part, celle de l’ avant, réservée au réservoir d’ essence, à la roue de secours, aux suspensions avant, à la direction et aux passagers. Ces derniers bénéficient d’ une excellente visibilité, d’ un silence accru et n’ ont pas à craindre les mauvaises odeurs. D’ autre part, celle de l’ arrière abritant le moteur, la batterie, les suspensions arrière, la transmission et, à l’ extrême arrière, le radiateur enveloppé d’ un carter (relié aux prises d’ air extérieures) dans lequel souffle un puissant ventilateur.

J.P. WIMILLE VOITURES 6

Pour la boîte de vitesses, Jean-Pierre Wimille a essayé la plupart des dispositifs modernes avant de donner sa préférence à la boîte électromagnétique Cotal. Celle-ci est donc conservée sur le prototype n° 3. Appréciée sur de nombreuses voitures françaises depuis une quinzaine d’ années, cette transmission éprouvée se commande par un simple petit contacteur placé sous le volant, le passage en douceur des différents rapports s’ effectuant instantanément et sans à-coups.

Son expérience des voitures de course monoplace a convaincu Jean-Pierre Wimille quant à la position du volant sur un engin de sport rapide. Selon lui, la direction au centre permet au conducteur de mieux évaluer la position de ses roues avant, et d’ avoir une visibilité égale de part et d’ autre du capot, permettant ainsi de placer sa voiture avec une grande précision. En outre, le capot de la J.P. Wimille étant extrêmement court, le pilote dispose d’ une visibilité totale, aussi bien vers l’ avant que sur les côtés. Pour l’ accessibilité au siège central, Jean-Pierre Wimille considère qu’ elle demeure convenable grâce aux larges ouvertures des portes qui débordent sur le toit et aussi grâce aux sièges décalés qui permezttent de s’ installer devant le volant central sans même avoir à demander de descendre à l’ un des passagers déjà assis. En fait, ce point de vue optimiste du concepteur ne sera pas partagé par les utilisateurs.

J.P. WIMILLE VOITURES 7

Comme pour le premier et le second prototype, la carrosserie du prototype n° 3 a été dessinée en respectant au mieux les lois de l’ aérodynamique, ce que la position centrale du moteur a grandement facilité. Cette carrosserie adopte le principe d’ une coque métallique s’ appuyant sur un caisson indéformable relié au châssis tubulaire.

Dans cette configuration, la J.P. Wimille n° 3 sera construite à plusieurs exemplaires, mais, malheureusement, sa production n’ ira pas plus loin, car ses promoteurs se trouvent bientôt confrontés à un obstacle majeur. Les dirigeants de la filiale française de Ford refusant, en effet, d’ accorder tout appui technique ou commercial et donc de livrer des moteurs ou tout autres éléments mécaniques pour une éventuelle J.P. Wimille de série. Un refus que la direction de Ford SAF a probablement prise sur injonction de la maison-mère de Detroit, ceci, sans doute, à cause du futur coupé Comète, alors en préparation et qui doit être commercialisée à l’ automne 1951). L’ avenir s’ arrête donc là pour la J.P. Wimille, qui aurait certainement mérité un meilleur sort car sa conception n’ était pas utopique et elle regorgeait d’ idées nouvelles.

J.P. WIMILLE VOITURES 8

Prématurément condamnée, la J.P. Wimille disparaît ainsi au début des années cinquante. Le styliste Philippe Charbonneaux récupérera alors le premier et le troisième prototype et les exposera ensuite dans son musée de Saint-Dizier et ensuite au Centre de l’ automobile française à Reims.

Texte Serge Buren

Written by Jack

Laisser un commentaire