ROSENGART SUPERTRACTION – L’autre traction française.

Conseils d'achat

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C’est, par contre, au niveau du rapport poids/puissance que les choses se gâtent. Ne faisant déjà pas montre d’une grande nervosité sous le capot de la Citroën Traction 11 CV, qui pèse quand même environ 1 100 kg à vide, le moteur Citroën ne va pas vraiment se voir faciliter la tâche en quittant le compartiment moteur de cette dernière pour se retrouver sous le capot Supertraction Rosengart, laquelle affiche entre 1 150 et 1 190 kg. S’il peut paraître assez faible de prime abord, ce supplément de poids va néanmoins avoir une répercussion assez concrète sur les performances, notamment dans les côtes, où la voiture s’écroule véritablement. En outre (et même si cela n’a jamais été la vocation du moteur Citroën), les accélérations n’ont rien de sportif et ses reprises souffrent souvent de l’absence d’ un quatrième rapports, qui aurait pu s’ avérer fort bénéfique, tant pour réduire le bruit du moteur que pour en améliorer l’ agrément et en diminuer la consommation.

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Malgré cela, la Rosengart Supertraction reste une voiture très agréable, aussi belle à regarder que confortable et sûre à utiliser. Malheureusement pour elle, à cause du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, survenue six mois à peine après son lancement, elle n’ aura jamais eu le temps de se faire la place qu’ elle méritait au sein du marché automobile français et on ne peut sans doute que le regretter, car il est certain que, sans la guerre et avec quelques améliorations techniques, comme une nouvelle boîte à quatre vitesses et quelques chevaux supplémentaires, elle serait sans doute rapidement devenue l’ une des références de sa catégorie.

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Seuls 170 exemplaires en auront été produits avant la déclaration de guerre, le 3 septembre 1939. Une fois le conflit terminé, Citroën prendra la décision de ne plus fournir de moteurs aux autres constructeurs, ce qui, dès lors, compromet grandement les chances pour la Supertraction de se voir offrir une seconde carrière, dans un paysage automobile qui, à l’ oimage du reste du pays et de sa population, a été complètement boulversé par la Guerre et par l’ occupation et qui est alors encore en phase de reconstruction. Bien que, au vu de sa motorisation et de sa puissance réelle comme fiscale, elle officiait dans la même catégorie que la Traction Citroën, étant donné son tarif comme son équipement et sa présentation, la Rosengart Supertraction entendait plutôt concurrencer des modèles d’un plus grand standing, comme les Hotchkiss. Cela explique sans doute, en tout cas en partie, que les dirigeants de la marque portent leur choix, en ce qui concerne la nouvelle motorisation pour la Supertraction. A savoir un moteur d’origine américaine, un V8 Mercury (la division « intermédiaire » du groupe Ford) affichant une confortable cylindrée de pas moins de 3,9 litres. En dépit de son imposant gabarit, ce V8 se révèle néanmoins, sur certains points, d’une conception plutôt archaïque avec ses soupapes latérales, ce qui explique probablement sa puissance assez limitée : 95 chevaux. Même s’ il permet à la Supertraction, rebaptisée, pour l’ occasion, (en toute logique) Supertrahuit, de voir ses performances faire un bond significatif en comparaison avec sa version d’ avant-guerre, en plus du prix assez conséquent auquel il est affiché lorsqu’ il est présenté pour la première fois au public, lors du premier Salon automobile de l’ après-guerre, en octobre 1946, le poids de ce bloc en fonte pèse lourdement sur le train avant et rend la direction fort difficile (voire presque impossible à tourner à l’ arrêt). En pleine période de restrictions, les perspectives commerciales que pouvait espérer un tel modèle sur le marché français étaient, évidemment, des plus limitées. En plus de tout cela, à l’ image de la plupart de la plupart autres « petits » constructeurs français, Rosengart a été « oublié » par le Plan Pons (du nom du député qui en est à l’ origine) mise en place au lendemain de la Libération et qui régente alors l’ industrie automobile, jusqu’ à la fin de la décennie. Ne pouvant bénéficier d’ aucune aide ni d’ aucune facilité pour obtenir les matières premières nécessaires à la reprise de sa production automobile et ne pouvant, dès lors, compter que sur elle-même, Rosengart mettra encore plusieurs années pour revenir sur le marché automobile. Après avoir (vainement) tenté sa chance sur le marché des petits utilitaires (Un secteur pourtant alors en plein expansion et qui, étant donné son caractère indispensable pour la reconstruction du pays, se voyait dispensé de la plupart des restrictions qui frappaient le reste de l’ industrie automobile), la marque présentera finalement une version modernisée (en tout cas esthétiquement) de sa SuperCinq, baptisée Ariette. En dépit de sa ligne très réussie, due à Philippe Charbonneaux, celle-ci repose malheureusement sur une base technique démodée (La marque étant loin de disposée des mêmes moyens que les grands constructeurs comme Citroën, Peugeot ou Renault) et se voyant donc contrainte de faire du neuf avec du vieux. Affichant des performances trop limitées et vendue à un prix trop chère par rapport à ses concurrentes, comme la Renault 4 CV, plus modernes et meilleur marché, cette petite Ariette sera, elle aussi, quasiment dès le départ, vouée à l’ échec et elle ne pourra donc empêchée la mise en liquidation de Rosengart en 1954.

 

 

 

Serge Buren

 

 

Written by Jack

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