ROSENGART SUPERTRACTION – L’ autre traction française. EP2

Histoire

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Mélangeant, de manière harmonieuse et très réussie, l’ élégance française et le modernisme américain, la nouvelle Supertraction est proposée sous deux formes de carrosseries différentes : un cabriolet et un coach. Si, au sein du catalogue de la marque, elle n’ existera toujours qu’ en versions à deux portes, Lucien Rosengart fera toutefois réalisé, pour son usage personnel, une berline à quatre portes. Réalisé sur le même châssis que les modèles de série (avec, donc, un empattement et une longueur totale aux dimensions quasiment inchangées), elle reprenait, en outre, le même pavillon de toit que celui du coach. Destinée, au départ, à rester une réalisation spéciale et unique, cette berline Supertraction, aux lignes tout aussi réussie que celles du modèle de série, suscitera toutefois l’ intérêt de plusieurs personnalités politiques de l’ époque, membres du gouvernement d’ Edouard Daladier. A leur demande, quatre ou cinq exemplaires supplémentaires de la berline Supertraction seront réalisés à leur intention. Lucien Rosengart, quant à lui, conservera sa berline Supertraction personnelle, qu’ il utilisera notamment pour se rendre en villégiature dans sa villa de Villefranche-sur-Mer, jusqu’ à sa mort, en 1976, à l’ âge vénérable de 96 ans.

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Si, en ce qui concerne ses dimensions, la largeur et l’ empattement reste identique à ceux du prototype du Salon 1938, sa longueur totale atteint, elle, les 5 mètres de long, soit environ 15 cm de plus que ce dernier (Une augmentation due surtout à un porte-à-faux arrière nettement plus long). Rosengart montrera une certaine hésitation quant au choix des roues pour ce nouveau modèle : la voiture présentée au pavillon d’ Armenonville, ainsi que les premiers exemplaires de série, recevront des roues « artillerie », alors qu’ une partie des exemplaires suivants, de leur côté, seront équipés de roues à voile ajouré et que, dans certains catalogues, les voitures qui illustreront ceux-ci présenteront des roues Pilote fabriquées par Michelon. En option, la Supertraction sera aussi livrable avec des roues en alliage léger. En ce qui concerne les teintes de carrosserie, si la couleur « standard » reste le noir, contre un supplément de 800 F, le client se voit cependant offrir un choix de plusieurs teintes et à même droit, contre un supplément de 1 200 F, à une peinture deux tons.

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La calandre et le capot de type « crocodile » (encore peu usité sur les voitures françaises) sont particulièrement réussis. Ils s’ inspirent, incontestablement, de la Lincoln Zephyr, mais avec des lignes plus nerveuses, soulignées des moulures chromées en forme de flammes dont le dessin se retrouve, sous une forme réduite, sur les poignées de portes. A l’ arrière, une fine nervure décore le couvercle du coffre à bagages. Contrairement à la caisse de la Traction Citroën, qui peut se targuer de faire appel à une construction entièrement métallique, sur ce plan, celle de la Supertraction reste plus traditionnelle et continue de recourir à une fabrication composite, où les panneaux métalliques de la carrosserie sont posés sur une structure en bois.

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Si l’ intérieur de la nouvelle Rosengart emprunte aussi à la Citroën une grande partie de ses instruments de bord, la planche en tôle emboutie sur laquelle ceux-ci sont placés adopte, à l’ image de la carrosserie, un style très américain et, comme sur la plupart des modèles construit à l’ époque à Detroit, elle présente, dans sa partie centrale, une grille qui masque le haut-parleur de la radio (Celle-ci n’ étant toutefois proposée qu’ en option).

A gauche de la planche de bord, on retrouve donc le cadran rectangulaire aux angles arrondis commun avec la Traction 11 CV, même si, sur la Rosengart, celui-ci est un peu décalé par rapport à l’ axe du volant. A l’ opposé du cadran regroupant l’ ensemble de l’ instrumentation, on retrouve la boîte à gants, de même forme que le cadran, sur le couvercle de laquelle se trouve fixé d’ une montre au cadran lui aussi rectangulaire. Le volant initial comporte trois branches mais de nombreuses Supertraction recevront un volant à quatre fines branches chromées. Les garnitures intérieures sont recouvertes de drap mais le client peut aussi opter pour des garnitures en similicuir noir ou de couleur (Une option facturée 1 500 F au catalogue) ou même cuir véritable (Même si le coût de cette option-là est bien plus élevé : 3 500 F, tout comme la radio, pour laquelle il faut débourser pas moins de 3 000 F).

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Comme mentionné précédemment, le moteur quatre cylindres ainsi que la boîte de vitesses à trois rapports proviennent intégralement de la Traction Citroën. A l’ origine, la Supertraction devait être équipée de l’ ancien moteur de 46 ch (dont la puissance annoncée dans les catalogues Rosengart était d’ ailleurs de 50 ch) mais beaucoup de ces voitures recevront un moteur « Performance » développant 56 chevaux, qui équipe les Traction 11 CV depuis février 1939.

 

La suspension, à barres de torsion longitudinales, est, elle, semblable à celle de la Citroën. En revanche, à l’ arrière, la Supertraction Rosengart bénéficie d’ une suspension de roues entièrement indépendantes, alors que les Citroën, de leur côté, doivent toujours se contenter d’ un système à roues semi-indépendantes. La suspension arrière de la nouvelle Rosengart est d’ ailleurs dérivée de celle qui équipait déjà les deux générations précédentes de la Supertraction. L’ autre particularité technique de la Rosengart réside dans son châssis-caisson indépendant sur lequel viennent se greffer la carrosserie et tous les éléments mécaniques. Un réservoir à essence à double remplissage est placé à l’ arrière de ce châssis-caisson.

Comme sur les modèles de la marque aux chevrons, la direction utilise une crémaillère et le système de freinage hydraulique provient de chez Lockheed.

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Son excellente tenue de route est l’ un des meilleurs atouts de la nouvelle Rosengart Supertraction, due notamment à son centre de gravité très bas et à sa suspension arrière indépendantes. Celle-ci contribue à l’ excellent confort procuré au conducteur ainsi qu’ aux passagers, en particulier pour ceux installés sur la banquette arrière où l’ on ne ressent pas les désagréables « coups de raquette » qui caractérisent la Traction Avant Citroën. Son freinage puissant ne mérite pas non plus de reproches, sinon celui d’ avoir à exercer un effort trop intense sur la pédale.

A suivre…

Written by Jack

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