ROSENGART SUPERTRACTION – L’ autre traction française. EP1

Histoire

ROSENGART SUPERTRACTION 1

Avant de devenir constructeur en 1928, Lucien Rosengart a déjà fait plusieurs incursions dans l’ industrie automobile. Il a notamment été l’ un des proches collaborateurs d’ André Citroën lorsque ce dernier a lancé sa propre marque, avant d’ entré ensuite chez Peugeot comme administrateur.

Ses brillants résultats industriels lui vaudront d’ ailleurs d’ être promu officier de la Légion d’ Honneur dès 1925, à l’ âge de 44 ans.

Comme constructeur automobile, Lucien Rosengart se fera essentiellement connaître, à partir de la fin des années 1920, pour ses modèles économiques, de 4 ou 5 CV, dont les premiers étaient dérivés de l’ Austin Seven anglaise. Cependant, en 1932, il lance la production d’ un modèle de gamme supérieur, de 9 CV, plus « cossu », équipé de la traction avant. Si Lucien Rosengart pourra ainsi, en quelque sorte, se vanter d’ avoir produit la première voiture française de série équipée d’ une transmission aux roues avant, ce n’ était, cependant, pas tout à fait vrai puisque ce « nouveau » modèle, baptisé, assez « pompeusement », la Supertraction, était, en réalité, dérivé de l’ Adler Trumpf allemande. A cet égard, on peut donc dire (et c’ est ainsi que l’ Histoire l’ a d’ ailleurs retenue) que la première vraie voiture française de série à traction avant est bien la Traction Citroën, présentée un an et demi plus tard, au printemps 1934.

ROSENGART SUPERTRACTION 2

Proposée en berline quatre portes et en cabriolet, cette première Supertraction est épaulée, à partir du Salon d’ octobre 1934, par une nouvelle version « aérodynamique » aux lignes plus « douces » et plus modernes, qui suivent, elles aussi, étroitement l’ évolution de l’ Adler Trumpf en Allemagne. Avec cette Supertraction modernisée, Lucien Rosengart espère damner le pion à la nouvelle Traction Citroën, lancée six mois plus tôt et qui, à ce moment-là, connaît encore de nombreux problèmes de mise au point. Dans les catalogues et les publicités consacrées à la Supertraction, Rosengart ne cache d’ ailleurs pas que c’ est bien, avant tout, la nouvelle Traction 7 CV de Citroën, qui est en ligne de mire, notamment en écrivant : « Ne confondez pas Traction Avant avec Supertraction : une traction avant fabriquée en grande série est une voiture de tout le monde. La Supertraction, par contre, est la seule traction avant de grand luxe destinée à une élite ». En dépit des nombreux problèmes de jeunesse dont est alors affligée la Traction, ainsi que des graves difficultés financières que connaît, à cette époque, son constructeur à cause d’ elle, Citroën ne sera toutefois guère gêné par cette rivale dont la production, même dans ses meilleurs années, n’ atteindra jamais les chiffres de celle des modèles de la marque aux chevrons, ni même d’ ailleurs de ceux des petites Rosengart 5 CV, lesquelles, en dépit de leur âge et d’ une conception désormais archaïque, continuent encore à bien se vendre.

En 1938, lorsque la production de la Supertraction est finalement arrêtée et qu’ il lui faut, dès lors, songer à la remplacer, Lucien Rosengart décide finalement d’ aller négocier avec la nouvelle direction de Citroën, en vue d’ obtenir de celle-ci la fourniture du moteur ainsi que de la boîte de vitesses qui équipe la Traction 11 CV. Pierre Boulanger, le PDG de Citroën, donne finalement son accord, sous une condition : la première étant que la nouvelle Rosengart ne soit pas produite en version berline (afin ; évidemment, d’ éviter d’ entrer en concurrence directe avec la Traction 11 CV). C’ est pourquoi, lorsque le prototype de la nouvelle Supertraction sera dévoilé au public, lors de l’ ouverture du Salon de l’ automobile de Paris, en octobre 1938 (Le dernier de l’ avant-guerre), il ne sera présenté que sous la forme d’ un cabriolet. Celui-ci est exposé sur le stand du constructeur, qui se déroule alors (depuis 1901 et jusqu’ en 1961) sous les verrières du Grand-Palais, sur les Champs-Elysées. Toutefois, malheureusement pour lui et pour son constructeur, il ne suscitera guère l’ attention ou l’ intérêt ni de la presse ni du public. S’ il figure bien dans les tarifs de la marque édité à cette occasion (Il y est affiché au prix de 36 900 F, contre 33 200 F pour le cabriolet Traction 11 normale chez Citroën) et si un catalogue lui est consacré, il ne bénéficiera pourtant d’ aucune présentation importante dans la presse, que ce soit dans la presse automobile ou même dans la presse quotidienne (Alors que Lucien Rosengart a pourtant largement fait appel dans le passé pour assurer sa publicité et faire connaître ses nouveautés). Un peu « perdu » sur le stand de la marque, au milieu des Super 5 et Super 7, le cabriolet 11 CV Supertraction restera donc étonnamment discret durant toute la durée du Salon.

ROSENGART SUPERTRACTION 3

Il faut reconnaître que les lignes de ce nouveau modèle manquent assez bien de caractère. Sa carrosserie semble, en effet, à peine plus moderne que celle du cabriolet Berliet Dauphine (alors en fin de carrière) et le dessin de sa face avant, notamment la calandre, s’ inspire beaucoup trop de l’ Amilcar Compound, présentée un an plus tôt. De toute manière, l’ aspect trop « neutre », ou trop classique, de cette voiture ne convient pas non plus à Lucien Rosengart, qui décide alors de faire reprendre complètement l’ étude de la carrosserie en s’ inspirant rien moins que de la superbe Lincoln Zephyr, présentée en 1937 et qui figurait, elle aussi, au Salon de Paris de 1938.

 

En coopération avec son styliste Jacob, il redessine une Supertraction complètement différente en conservant, bien entendu, sa plate-forme de base, sa suspension et le groupe motopropulseur d’ origine Citroën. Annoncée dans la presse dès le mois de février 1939, la nouvelle Supertraction 11 CV est présentée officiellement au cours d’ une réception organisée le 16 mars 1939 au pavillon d’ Armenonville dans le Bois de Boulogne, avec la participation de l’ actrice Danielle Darrieux. Il s’ agit désormais d’ une très belle voiture dont la ligne suscite l’ admiration générale.

A suivre…

Written by Jack

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