CHRYSLER et DE SOTO AIRFLOW – Un train trop en avance. EP3

Conseils d'achat

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Initialement, l’ Airflow ne devait être commercialisée que sous la marque DeSoto. C’ est Walter Chrysler lui-même qui décidera de la commercialiser également sous la marque Chrysler. Une manière, à ses yeux, de célébrer dignement le double anniversaire du groupe ainsi que de la marque portant. Au final, seules la gamme des modèles DeSoto ainsi que les Chrysler de haut de gamme (à moteur huit cylindres) recevront la ligne Airflow, le reste des productions du groupe, à savoir les Dodge, les Plymouth et les Chrysler d’ entrée de gamme (à moteur six cylindres) conserveront, elles, des carrosseries aux lignes plus classiques. Heureusement d’ ailleurs, car, lorsque les Chrysler et DeSoto Airflow sont dévoilées au public, à l’ occasion de l’ ouverture du Salon automobile de New York, en janvier 1934, l’ accueil de celui-ci sera loin de celui-ci espéré par le patron du groupe Chrysler et les concepteurs de l’ Airflow. Si le slogan affiché fièrement dans les documents publicitaires publiés par le constructeur n’ hésite pas à la présenter comme « The beauty of the nature itself » (« La beauté de la nature elle-même »), le jugement du public, lui, est tout autre et il ne va pas se priver de faire savoir à Chrysler qu’ il n’ est pas du tout de cet avis et, dès le départ, boude ces voitures, qu’ il trouve trop étranges, voire laides. Si le dessin de la calandre est censée évoquer la chute d’ eau d’ une cascade, les acheteurs, eux, y voient plutôt les fanions de la gueule grande ouverte d’ une baleine. Quant à la double paire de phares superposés, ils évoquent, eux, deux paires d’ oeufs sur le plat tombant d’ une poêle ou encore deux paires de boules de crème glacée qui auraient coulé de leurs cornets.

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Si l’ Airflow a inauguré, en tout cas dans le domaine de l’ automobile, une nouvelle ère et un nouveau courant esthétique, celui du Streamlining, comme pour tout nouveau courant esthétique, les premières oeuvres, même prometteuses ou intéressantes, sont souvent encore, à certains égards, de simples « brouillons ». Comme le montre, outre son dessin en général, certains des traits esthétiques, en particulier, de l’ Airflow, comme la haute ceinture de caisse et les surfaces vitrées assez réduites, qui, notamment vues de profil, ne font qu’ accentuer la « lourdeur » du dessin des nouvelles Chrysler et DeSoto. Si, dans le monde de l’ automobile et du design, comme dans beaucoup d’ autres domaines, comme le dit un vieux dicton bien connu, «Ce sont toujours les pionniers qui trinquent », pour réussir un beau coup, sur le plan commercial, tout en se voulant novateur, deux critères primordiaux doivent impérativement être réunis. A savoir qu’ un bon timing a autant d’ importance que le pertinence du dessin. L’ échec de l’ Airflow est non seulement dû au fait que Chrysler s’ est montré trop en avance sur le calendrier, c’ est aussi le style assez « pataud » de ses nouveaux modèles qui est responsable de leur échec commercial. Fonctionnelle ? Elle l’ était certainement, comme Chrysler ne se privait d’ ailleurs pas de le vanter dans sa publicité. Géniale ou, à tout le moins, originale ? Certainement ? Différente  Assurément 8 Mais, pour beaucoup (trop) d’ Américains, en 1934, elle était, avant tout et surtout laide (Certains, à l’ époque, auraient pu être même dit laide à faire peur!). En plus de ce style bien trop déroutant aux yeux des automobilistes américains des années 30 (Pour le commerçant des quartiers de Brooklyn comme pour le fermier du Middle West, l’ empressement), l’ empressement mis à assembler les premiers exemplaires et les problèmes de qualité et de finition qui en découleront contribuera à nuire encore un peu plus à la réputation du modèle. Sans compter que les clients assez audacieux et aux goûts assez insolites en matière d’ automobile qui franchiront malgré tout le pas et passeront commande d’ une Airflow devront composer avec des délais de fabrication très longs, du fait que la production d’ un modèle aussi radicalement nouveau nécessite, sur les chaînes de production, un renouvellement complet de l’ outillage.

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Pour sa première année de production, le millésime 1934, au sein du catalogue Chrysler, l’ Airflow était présentée en quatre modèles : Séries CU, CV, CX et CW, toutes à moteur 8 cylindres, dont la cylindrée et la puissance vont de 4,89 l et 122 ch à 6,3 litres et 145 chevaux, avec des longueurs d’ empattement de 3,12 m à 3,42 mètres. Ce qui fera de ces dernières, les Airflow de la série CW-Eight, des modèles spéciaux construits uniquement sur commande, les voitures les plus longues et aussi les plus lourdes jamais construites par Chrysler. (A noter que ces dernières bénéficieront d’ une première mondiale : un pare-brise bombé d’ une seule pièce, alors que les autres modèles, eux, se contentent d’ un pare-brise « classique » en deux parties). Les prix affichés au catalogue allant de 1 345 $ pour le Coupé 2 portes et 5 places de la Série CU à 5 145 dollars pour les Custom et Town Limousine de la série CW. Etant donné l’ accueil assez tiède, pour ne pas dire carrément froid, réservé à l’ Airflow et au fait que la clientèle huppée, surtout à l’ époque, est, par nature, assez conservatrice, on ne s’ étonnera donc pas vraiment que les Airflow de « haut de gamme » ne rencontrent guère plus de succès que les modèles plus « populaires ». Au terme du millésime 1934, en décembre de cette année-là, tous modèles confondus, les Chrysler Airflow n’ auront été produit qu’ à 11 292 exemplaires, soit deux fois et demi moins que la plus conventionnelle des Chrysler de l’ année. La situation au sein de la marque DeSoto, qui produit les versions les plus « populaires » de l’ Airflow, la situation n’ est guère meilleure et même encore pire, la marque accusant, à la clôture de l’ année-modèle 1934, une chute de ses ventes qui atteint pas moins de 47 % par rapport à celles de 1933. Si Chrysler, en ayant eu la bonne idée de conserver des modèles de base aux lignes conventionnelles, a réussi à « limiter la casse », DeSoto, elle, en revanche, subit, elle, plus fort encore l’ échec commercial de l’ Airflow. C’ est, en somme, le paiement « cash » d’ une gamme entièrement vouée à la nouvelle Airflow. Si 15 285 exemplaires de la DeSoto Airflow parviendront, malgré tout, à trouver preneur, une fois « l’ effet nouveauté » passé, les ventes s’ effondreront littéralement, avec à peine 6 797 Airflow vendues l’ année suivante. (Elles parviennent pourtant à se maintenir à un niveau stable chez Chrysler, avec 12 747 Airflow, toutes séries confondues, produites pour ce millésime).

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A suivre

Written by Jack

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