LINCOLN CONTINENTAL (1970 – 2002) – Grandeur et déclin de l’ Amérique.

Histoire

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Après une première carrière au sein du catalogue de la marque Lincoln de 1939 à 1948, suivie d’ une brève réapparition, sous la forme d’ un élégant et très élitiste coupé entre 1956 et 57, la Continental fait son véritable retour, en tant que modèle haut de gamme de la division de prestige du groupe Ford en 1958. Le modèle prend dès lors la forme d’ une imposante berline, limousine, coupé ou cabriolet d’ un style très exubérant, certes bien dans l’ air du temps et qui caractérise quasi tous les modèles full-size produits par les constructeurs américains, mais aussi un peu trop tarabiscoté et qui finira d’ ailleurs par se démoder assez vite. Si la génération suivante, présentée en 1961, conserve une taille imposante, le style prend, ici, un virage à 180 degrés avec des lignes épurées, sans aucunes fioritures, caractérisée par des ailes en forme de lames de rasoir, qui se détache nettement du reste de la carrosserie et qui sont plus hautes que le capot. Un trait de style qui va dès lors devenir une caractéristique de la marque Lincoln et que les modèles de haut de gamme conserveront durant près de trente ans, jusqu’ à la fin des années 80.

Comme la plupart des modèles de la production américaine de l’ époque, la Lincoln Continental ne connue que des évolutions mineures au cours des années, se contentant d’ un léger lifting à chaque millésime, qui se concentraient principalement sur la partie avant. Celle-ci devenant plus imposante au fil des ans mais sans pour autant modifier radicalement la physionomie générale du modèle original.

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Ainsi, lorsque la cinquième génération de la Continental fut présentée, à l’ occasion du millésime 1970, sa ligne ne différait, de prime abord, guère de celle des modèles des années précédentes, ceux des derniers millésimes de la précédente génération. La Continental V reprenait ainsi la face avant dotée d’ un capot bombée dans sa partie centrale (inauguré sur la Continental de 1965) et la calandre pourvue, elle aussi, d’ une partie centrale saillante, inspirée de celles produites entre 1966 et 68. La principale caractéristique permettant de distinguer la nouvelle monture et de la différencier de l’ année précédente était les phares masqués par des panneaux métalliques rectangulaires – Un trait de style emprunté au coupé Continental Mark III (qui constituait un modèle à part) – qui se fondaient avec la calandre, celle-ci formant maintenant un masque qui couvrait toute la largeur de la voiture. Une autre différence notable part rapport à la précédente monture était l’ abandon des portières arrière « suicide » (qui s’ ouvraient de l’ avant vers l’ arrière, comme sur les voitures d’ avant-guerre) pour des portières à ouverture classique. Sur le plan de l’ architecture, la construction monocoque de l’ ancienne génération, jugée trop onéreuse, avait été abandonnée pour un retour à l’ assemblage sur un châssis classique. On notera, par contre, un progrès concernant la suspension arrière, qui abandonne les vieux ressorts à lames pour des ressorts de type hélicoïdaux. Des équipements qui étaient auparavant en option comme le déverrouillage automatique du frein de stationnement, les sièges avant à réglage électriques orientables, les freins à disque à l’ avant (Ils restaient à tambour à l’ arrière), les lampes au niveaux des portières (qui s’ allumaient la nuit à l’ ouverture des portes) pour guider le conducteur) et les appuis-têtes réglables sont désormais proposés en série.

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La caractéristique principale de cette cinquième génération de la Continental, c’ est que, pour la première fois, pour rationaliser les coûts de production, elle n’ était plus construite sur une plate-forme spécifique mais sur celle sur laquelle était également assemblée les autres modèles haut de gamme du groupe Ford, la Ford LTD et la Mercury Marquis. (La parenté entre celle-ci et la Continental était d’ ailleurs assez forte, notamment du point de vue du style, ce qui eut pour effet de faire quelque peu passer la Mercury Marquis, aux yeux du public, pour une « Lincoln du pauvre »). Ce qui était une première dans l’ histoire de la marque Lincoln. Celles-ci perdirent d’ ailleurs une part supplémentaire de leur spécificité deux ans plus-tard, lorsque le V8 7,5 litres, jusqu’ ici réservé aux Lincoln, équipa désormais également les Mercury Marquis ainsi que la version break de celle-ci, la Colony Park.

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Pour mieux différencier la Continental et bien affirmer sa place comme berline haut de gamme du groupe Ford, la gamme fut élargie avec l’ apparition d’ un nouveau niveau de finition plus luxueux, la Town Car (Une appellation qui n’ avait, jusqu’ alors, plus été utilisée au sein du catalogue Lincoln depuis 1959). En plus de la berline (ainsi que d’ une version limousine, à l’ équipement encore enrichi), elle fut également disponible en coupé à partir de 1973. Plusieurs séries spéciales furent proposées sur la Continental. En 1971, pour commémorer le 50ème anniversaire de la marque, une édition limitée baptisée Gold Anniversary fut proposée sur la version Town Car. Elle se caractérisait par un toit entièrement recouvert de vinyle (jusqu’ au bas de la lunette arrière), un habitacle entièrement recouvert de cuir, une boîte à gants équipée d’ un miroir de courtoisie, une clé de contact en or de 22 carats, ainsi qu’ une plaque commémorative apposée sur le tableau de bord. En plus d’ un choix de teintes élargi, la carrosserie pouvait aussi reçevoir une peinture spécial dénommée « Gold Moondust » (or-poussière lunaire) métallique était également proposée.

Environ 1 600 exemplaires de ce modèle spécial ont été produits. Sur les millésimes 1977, 78 et 79, une nouvelle série spéciale, baptisée Williamsburg (également basée sur la Town Car), fut proposée au catalogue. Elle se distinguait par sa carrosserie bicolore, avec des bandes décoratives personnalisées, un toit (là aussi) entièrement recouvert de vinyle, un système de réglage de sièges à six positions et un lot de miroirs de courtoisie équipant l’ habitacle. (A signaler que ceux du millésime 1977 étaient dépourvus de fenêtres de custode, contrairement aux années suivantes). Il y eut, enfin, la série « Collector ». Proposée sur le dernière millésime 1979), pour commémorer la fin de la production de cette génération de la Continental.

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Son équipement était véritablement pléthorique, puisque elle était équipée de quasiment toutes les options disponibles au catalogue (ce qui augmentait son prix de manière substantielle), tels que le toit ouvrant électrique, un système radio à 40 canaux, un freinage renforcé, une série en velours Cachemire, etc… Seules quatre teintes de carrosserie étaient toutefois disponibles: Bleu, blanc, bleu foncé et argent (Cette dernière avec un toit en vinyle de couleur bleu foncé). Suivant la mode de l’ époque, la Continental reçue chaque année une série de modifications esthétiques (le plus souvent mineures), la plus visible étant un nouveau dessin de la calandre à chaque millésime. A partir de 1971, celle-ci ne couvre plus la largeur entière de la voiture et se recentre sur la partie centrale de la face avant.

En 1973, comme tous les autres modèles de la production américaine, la Continental reçue de nouveaux pare-chocs à absorption d’ énergie (devant pouvoir encaisser des chocs jusqu’ à 8 km/h sans subir aucun dégât visible), ainsi qu’ un allongement de ses porte-à-faux, à l’ avant ainsi que l’ arrière. Ce qui eut pour effet de rallonger sensiblement la longueur de la voiture, la faisant passer de 5,72 mètres à 5,84 m. Dès l’ année suivante, à cause des normes fédérales qui avaient été encore durcies, de nouveaux pare-chocs encore plus épais durent être montés, ce qui fit passer la longueur totale à 5,90 m. En plus d’ être l’ un des modèles les plus imposants de la production américaine, la Lincoln Continental V était aussi l’ une des plus lourdes, avec un poids (à vide) frisant les 2,4 tonnes ! A partir de 1974, les panneaux escamotables des phares perdent leurs moulures chromées pour de simples panneaux en métal peint à la couleur de la carrosserie.

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Jusqu’ ici vendu sous la forme d’ un coupé hard-top, la version à deux portes se présenta, à partir du millésime 1975, par un coupé classique avec un pilier central entre la portière et la vitre arrière. La berline reçue, de son côté, une nouvelle ligne de toit pour mieux la différencier des modèles Ford et Mercury. Les modèles de ce millésime se distinguant par leur fenêtre de custode aménagée dans le montant arrière de toit (De forme ronde sur la berline et ovale sur le coupé (similaire à celui de la Continental Mark IV). Le manque d’ efficacité du freinage ayant souvent été l’ un des défauts les plus criants des voitures américaines full-size de l’ époque, Ford décida, cette année-là, de remédier à ce problème en faisant équiper la Continental de freins à disques (conçus par Bendix) sur les quatre roues, ce qui en fit l’ un des premiers modèles de la production américaine, avec la Chevrolet Corvette, à être équipée d’ un tel dispositif. En 1977, la Continental reçue un nouveau style de calandre, de forme rectangulaire, inspirée de celle montée sur le coupé Mark V, et qui n’ était pas sans évoquer celle des Rolls-Royce (Un trait de style qui sera utilisé sur sa remplaçante, la Town Car, jusqu’ en 1997). Si cette nouvelle calandre est plus haute et plus étroite que celles des modèles précédents, le reste de la face avant (notamment la position des phares) reste, en revanche, inchangée.

Conséquence de la montée des prix de l’ essence, le V8 7,5 l, jusqu’ ici vendu comme motorisation standard, n’ est plus proposé qu’ en option à partir de 1977, remplacé alors, en série, par un V8 légèrement moins gros, faisant 6,6 litres. Le cours du baril de pétrole se maintenant toujours à un taux élevé, le moteur 7,5 l tira toutefois sa révérence en 1979, le V8 6,6 l restant alors le seul moteur disponible sur la Continental. A partir de 1976, le V8 7,5 litres n’ était d’ ailleurs plus disponible en Californie (l’ Etat le plus strict en matière d’ émission de pollution).

L’ une des caractéristiques esthétiques permettant de distinguer les modèles du millésime 1978 sous les jupes des ailes arrière redessinées afin de dégager d’ avantage les passages de roues. A signaler que les freins à disque sur les quatre roues ne sont plus proposés qu’ en option. De 1970 à 77, les Continental ont utilisées le même modèle de tableau de bord. Celui-ci fut cependant remplacé, en 1978, par une nouvelle planche de bord inspirée de celle de la Mercury Grand Marquis. A part de nouvelles appliques en faux bois sur celle-ci, le seul changement notable, du point de vue des équipements, pour l’ année-modèle 1979, fut la possibilité pour l’ acquéreur de choisir entre deux modèles de toit: L’ un ouvrant et coulissant ou une fenêtre vitrée fixe équipée d’ un pare-soleil escamotable.

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Après que General Motors ait décidé de réduire la taille de tous ses modèles full-size lors du millésime 1977, la Lincoln Continental est devenue non seulement le plus grand modèle proposé par un constructeur américain mais aussi l’ une des plus grandes voitures de série au monde, dépassé seulement par les versions limousines de la Cadillac Série 75 (qui étaient des réalisations hors-série), la Mercedes 600 ou la Rolls-Royce Phantom VI. Le V8 7,5 litres fut, quant à lui, en 1977 et 78, le plus gros moteur montée sur une voiture de série. L’ arrêt de la production de cette cinquième génération de la Lincoln Continental marqua véritablement la fin d’ une époque dans l’ histoire de l’ automobile américaine. Jamais plus un constructeur ne proposera de modèle affichant de telles dimensions, ainsi qu’ un moteur d’ un aussi gros gabarit.

La suite demain

Written by Jack

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