BORGWARD 2,3 LITRES – Le crépuscule de Brême. Fin

Histoire

 

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De leur côté, les trois usines Borgward de Brême (Brême-Neudsdadt, Brême-Osterdeich et Brême-Sebaldsbrück) furent mises aux enchères pour rembourser les créanciers de l’ entreprise. Ce dernier site, où se trouvait aussi le siège de la marque, sera racheté par la firme Hanomag pour la construction de ses véhicules utilitaires. Après que celle-ci ait été rachetée, en 1969, par Mercedes-Benz, l’ ex-usine Borgward produira également une partie des utilitaires de la marque à l’ étoile, comme le T1 ainsi que des modèles de tourisme comme les versions breaks des W123 et 124.

Une nouvelle tentative de ressusciter la marque Borgward eut lieu à la fin des années 70, en Allemagne, par une entreprise établie à Munich. Il s’ agissait, cette fois, de proposer une version modernisée de l’ Isabella. Baptisée Isabella 23 et présentée en 1978, celle-ci représentait une curieuse alliance entre le six cylindres 2,3 litres de la P100 avec la carrosserie d’ une AMC Concord américaine. Destinée à être proposée en berline, en coupé et en break, cette nouvelle tentative de « revival » de la marque Borgward ne fut qu’ un feu de paille. Un seul prototype de cette curieuse Isabella 23 semble d’ ailleurs avoir été construit.

 

Après cette courte parenthèse mexicaine, la marque Borgward connaîtra une longue « hibernation » qui durera plus de quarante-cinq ans. Jusqu’ à ce que, à l’ occasion du Salon automobile de Genève, en mars 2015, Christian Borgward, le petit-fils de Carl Borgward, annonce le retour sur le marché de la marque fondée près de cent ans auparavant par son grand-père. « Le succès de la firme s’ est bâti sur les rêves d’ un seul homme. Par sa volonté, son courage et son énergie, en quarante ans, il a créé une entreprise qui a produit plus d’ un demi-million de véhicules et employé plus de 20 000 personnes ! ». Une résurrection menée à bien grâce au soutien du constructeur de bus chinois Beiqi Foton, qui ont racheté, en 2014, pour la somme de 5,3 millions de dollars, les droits d’ utilisation de la marque auprès du descendant de Carl Borgward. Si ce dernier a été nommé à la direction du conseil de surveillance de l’ entreprise, il semble toutefois que ce poste et cette nomination soit, en grande partie, honorifique, les dirigeants chinois détenant la plupart des leviers de commande. Ce premier nouveau modèle de la marque depuis près de soixante ans se présente sous la forme d’ un SUV, le BX7, dont les lignes semblent avoir été fortement inspirés par celles des modèles d’ Audi ou de BMW. En plus d’ une version à moteur « classique » (C’ est à dire à essence), le constructeur proposera aussi une version entièrement électrique. Si l’ idée d’ un tout-terrain 100% électrique est aujourd’ hui « dans le vent », notamment depuis le lancement du nouveau Tesla, c’ est aussi afin de respecter les normes locales en matière d’ émission de pollution que cette nouvelle version a été étudiée (La protection de l’ environnement devenant une préoccupation de plus en plus grande en Chine, en particulier dans les grandes villes) et elle sera donc sans doute destinée en priorité au marché chinois. Est-ce parce que le management « à l’ allemande » a acquis depuis longtemps une réputation certaine à l’ internationale ou afin d’ apporter le plus possible à la marque et à ses modèles un « esprit germanique » (voire les deux) ? En tout cas, les nouveaux propriétaires de Borgward ont porté leur choix, pour le poste de dirigeant de la marque, à un Allemand. Ils n’ ont toutefois pas eu à aller jusqu’ en Allemagne pour le trouver et ont opté, en quelque sorte, pour une solution de faciliter en choisissant Ulrich Walker, qui dirigeait auparavant la filiale chinoise du groupe Daimler-Benz.

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Bien que ressuscitée depuis deux ans à peine, la firme nourrit déjà de grandes ambitions. Borgward prévoit ainsi de lancer deux nouveaux modèles, un autre SUV, le BX5, et un coupé, le BX6, dans le courant de l’ année 2017 et compte aussi faire son retour en Europe, sur le site historique de la marque, à Brême, en 2018, avec un plan de production de 10 000 exemplaires par an. Son implantation (ou, plutôt, sa réimplantation) en Allemagne ne semble toutefois pas se faire aussi rapidement qu’ espérer par les dirigeants de Beiqi Foton. Ces derniers comptaient, en effet, parvenir à embaucher entre 80 et 120 cadres pour planifier l’ organisation de ce retour sur le marché européen. En janvier 2017, la firme n’ était cependant parvenu à en dénicher que 65. Actuellement, la firme emploie environ 1 400 personnes en Chine Selon le constructeur, début 2017, plus de 35 000 véhicules ont été commandés et 25 000 déjà livrés, la firme espérant atteindre (sur les marchés chinois et européens confondus) la barre des 100 000 véhicules fin 2017 et même jusqu’ à 500 000 véhicules à moyen terme. Si le futur site de production de Borgward à Brême, d’ une superficie de 140 000 mètres carrés, assemblera au départ des véhicules à partir de pièces provenant en grande partie de Chine, ses dirigeants espèrent pouvoir, à terme, produire les véhicules avec une majorité de composants fabriqués en Europe. En tout cas, malgré un directoire dont une partie des membres viennent d’ Allemagne, étant donné que la maison-mère a son siège en Chine, on ne peut, dès lors, vraiment considérer la nouvelle marque Borgward comme un constructeur allemand. Si à l’ étranger, le nom de Borgward demeure connu seulement par une poignée de connaisseurs et d’ amateurs d’ automobiles anciennes, en Allemagne, en revanche, bien qu’ elle se soit éteinte pendant des décennies, le public allemand a conservé une réelle ferveur pour la marque. Même s’ il est encore trop tôt pour dire si cette nouvelle résurrection aura un succès durable, en Chine et surtout en Europe, où la concurrence est aussi rude que constante (En particulier, aujourd’ hui, sur le segment des SUV où s’ inscrivent les Borgward BX5 et BX7), on ne peut sans doute que saluer cette volonté de faire revivre une marque disparue depuis plus d’ un demi-siècle et espérer que, à l’ image de celle qu’ a connue Bugatti sous l’ égide du groupe Volkswagen, la résurrection de Borgward soit elle aussi prospère et durable.

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En tout cas, le fait que la marque, malgré cette longue éclipse de plus de cinquante ans, ait conservée un souvenir vivace au sein du public allemand montre combien Carl Borgward avait su insuffler à ses modèles une personnalité unique qui les distinguaient nettement du reste de la production automobile allemande de l’ époque. Même si, de nos, « mondialisation » de l’ automobile oblige, les nouveaux modèles, quelque soit leur segment ou la nationalité de leur constructeur, sont obligés de se « couler dans un moule prédéfini », il est à espérer que, en dépit de ses contingences, les successeurs de Carl Borgward qui ont entamé la lourde tâche de ressusciter la marque qui porte son nom et, d’ une certaine façon, de poursuivre son oeuvre, sauront eux aussi donner aux nouveaux modèles qui porteront le nom et l’ emblème de la marque sauront « sortir du rang » et se distinguer suffisamment du reste des modèles proposés sur le marché pour convaincre les nouveaux acheteurs (c’ est à dire ceux qui, dans leur grande majorité, n’ avaient, jusqu’ ici, jamais entendu parler de la marque Borgward) de se laisser tenter et de passer commande. Même si il faut avouer que les lignes de l’ actuel BX7 ne donnent pas vraiment dans l’ originalité, cette ressemble avec certains de ses concurrents potentiels comme l’ Audi Q5 pourrait cependant le servir et lui permettre de se fondre sans difficulté dans le paysage automobile européen. Si ce choix de la catégorie des SUV s’ inscrit dans la logique du marché (Ce segment étant devenu, ces dernières années, l’ un des plus lucratifs), il reste à espérer, pour les admirateurs des modèles créés par Carl Borgward, que son descendant et les actionnaires chinois de la marque donneront, dans un futur proche, une descendance à la 2,3 Litres et à l’ Isabella.

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Texte Philippe Boulier

 

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Written by Jack

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