OLDSMOBILE TORONADO – La tornade éphémère. Ep1

Histoire

OLDSMOBILE TORONADO 1

Avec quelque raison, on peut juger l’ industrie américaine peu préoccupée de technique et ses productions sont globalement moins variées. D’ ailleurs, en Europe, on s’ achète plutôt « une Américaine » sans trop se soucier de la marque: Toutes ont à peu près la même image. Sauf que, parfois, il existe certains modèles qui sortent du lot et qui sont hautement remarquables… Une fois n’ est pas coutume, le projet Coronado (Nom de code: XP-784) naît d’ une étude technique et non d’ un plan marketing. Depuis longtemps déjà, la General Motors agite les idées autour du mode de transmission. Voyez la Corvair à moteur arrière née en 1960. La traction avant serait donc aussi une solution intéressante.

En 1966, la production mondiale de General Motors, Opel, Vauxhall et Holden comprises, est entièrement constituée de propulsions. Il en va de même chez Chrysler et Ford. Du point de vue des automobilistes européens, il n’ y a, certes, pas de quoi s’ en plaindre. La traction avant symbolise alors l’ ennui automobile… De nos jours, elle est la règle, la norme et presque chaque auto qui se propulse d’ une autre manière fait immédiatement envie. Il faut se reporter en des temps où c’ est la propulsion qui dénotait un conformisme plat, tandis que la traction était un luxe technique coûteux et (sauf en France) un exotisme délicieux. La Toronado associe des roues avant motrices à un V8 de sept litres, une association sans précédent (sauf à remonter aux voitures Christie de compétition du début du XXème siècle) et qui ne manque pas de susciter l’ intérêt, de la presse comme du public. La louange s’ étend à la suspension, relativement élaborée, à barres de torsion et barre anti-roulis à l’ avant, tandis que le très léger essieu arrière reçoit pour ressorts de très longues lames simples et quatre amortisseurs, dont deux horizontaux. Il y a eu du travail d’ étude et de mise au point. A noter aussi les belles jantes ajourées spécialement étudiées pour refroidir les quatre gros tambours à ailettes. Le service communication d’ Oldsmobile précise aussi que « les joints homocinétiques sont à vélocité constante ». Sans-doute à l’ attention des rares usagers qui se souviendraient des Cord L29 et 810 / 812, seules tractions qui aient laissé une véritable trace dans la mémoire des automobilistes américains (Cette dernière était aussi restée dans la mémoire collective à cause de sa silhouette futuriste).

Côté style, la mission est splendide: Faire du neuf tout en rendant un hommage appuyé à cette glorieuse devancière qu’ est la corde 810, dessinée avec maestria par le designer Gordon Buehrig. Lequel a su interpréter les instructions de son fantasque patron pour créer une voiture complètement différente des autres. Comme Citroën et sa Traction surbaissée, la Cord 810 devait se distinguer de prime abord par sa ligne avant-gardiste. Dont acte. Quand la forme est en adéquation parfaite avec le fond… Sous les ordres de Bill Mitchell, une armée de petites mains anonymes. Parmi eux des finisseurs, ceux qui savent rendre viable, emboutissage, rouable, la forme jaillir d’ un simple croquis du patron, contenant déjà tout le génie nécessaire. Parmi eux, aussi, des instigateurs, des créatifs remuants, capables de jeter eux-mêmes l’ étincelle initiale d’ un projet. De toute façon, comme dans l’ atelier de Rodin, c’ est toujours le maître qui signe. Au final, on ne sait plus qui a « fait » la Toronado… Qui a eu l’ idée de ce double rostre, donnant à la machine une allure de crustacé, d’ animal des profondeurs, et son expression hiératique. Un style dont le but est, incidemment, de rappeler par ses formes très arrondies les ailes avant, si caractéristiques, de la corde. Laquelle a également inspiré les larges lames horizontales de la calandre, comme le mécanisme des phares, escamotables, et rendus invisibles dans la journée. Sauf qu’ en 1966, la chose n’ est plus aussi radicale qu’ en 1936. Quant au reste, bien servis par les proportions géantes, les stylistes ont su distiller la ligne en toute fluidité jusqu’ à l’ abrupte chute finale. Une fluidité structurée de manière puissante par les quatre arches de roue, majestueuses et simples, qui, là encore, tentent d’ évoquer les volumes massifs des ailes soigneusement profilées de la sobre Cord 810. Un dessin excessivement audacieux, provocant, empreint de forfanterie et de naïveté. Autant de défauts qui ressortent d’ un certain optimisme.

OLDSMOBILE TORONADO 2

A peine présentée, la Toronado fera sensation. La chose est entendue: Que ce soit pour le style comme pour la technique, ce n’ est décidément pas une voiture américaine comme les autres !… En Europe, les coupés, populaires ou de prestige, sont souvent, pour la plupart, des voitures n’ offrant que deux vraies places à l’ avant, celles situées à l’ arrière n’ étant, au mieux, que des places d’ appoint où seuls des enfants de moins de douze ans se sentiront à leurs aises. Tel n’ est pas le cas pour les coupés américains, dont l’ habitabilité n’ a souvent rien à envier à celle des berlines full size… La Toronado bénéficie à son échelle de l’ effet traction avant qui a tant fait pour la Mini: Plus d’ arbre de transmission, plancher plat, espace libre, levier sous le volant et deux larges banquettes pour loger toute la tribu. D’ autant que la grosse transmission automatique n’ est ni en arrière ni en avant du moteur mais placé à côté de celui-ci.

La suite lundi !

Written by Jack

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