CADILLAC ELDORADO BROUGHAM – American Dream On.

Histoire

 

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Lorsque l’ on évoque les dernières oeuvres de Earl, on pense inévitablement, et en premier lieu, au style des Cadillac du millésime 1959. S’ils sont aujourd’ hui considéré comme des modèles cultes ainsi que les plus belles des années 50, mais qui, pourtant, à leur époque, furent décriés par une partie de la presse automobile et aussi du public comme « caricatural », notamment en ce qui concerne le dessin et la taille des ailerons, les plus grands de toute la production américaine.

Il y eut pourtant, avant elles, un autre modèle, tout aussi prestigieux et emblématique et qui, pourtant, de nos jours, ne vient qu’en deuxième position dans l’esprit du public, y compris au sein des amateurs d’ américaines: L’Eldorado Brougham. Comme l’indique sa dénomination, ce modèle, qui se présente sous la forme d’ une somptueuse berline hard-top (C’est à dire sans montant central), s’inscrit, dans le catalogue du constructeur, au sein de la gamme Eldorado.

Si, lorsque ce nom est apparue pour la première fois au sein de la marque, l’ Eldorado se présentait sous la seule forme d’un luxueux cabriolet (qui sera la première Cadillac à inaugurer le pare-brise panoramique, lequel sera ensuite généralisé sur tous les autres modèles de la marque dès l’année suivante). Si l’Eldorado 1953 (Bien que d’un style très proche des autres modèles) pouvait se targuer de posséder une carrosserie entièrement spécifique (Aucun de ces panneaux ne se retrouvant sur les autres Cadillac), elle commencera, dès le millésime suivant, à perdre une partie de sa personnalité (Seule la partie arrière demeurant spécifique, la partie avant étant désormais commune à celles des autres modèles de la gamme). Au fil des ans, la gamme va néanmoins s’ enrichir, avec l’ apparition d’un coupé et, en 1957, d’une berline. Cette dernière n’étant autre que la Brougham.

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Lors de se présentation, l’Eldorado Brougham (qui sera la première Cadillac équipée d’une double paire de phares) n’est encore, toutefois, qu’un dream-car (C’est à dire un prototype destiné à être exposé lors des différents Salons automobiles), en forme de remerciement pour l’énorme travail qu’il a accompli durant sa longue et fructueuse carrière au sein de la GM, la direction de General Motors décidera de la commercialiser et donc de l’ inscrire au sein du catalogue Cadillac. Ce qui constitue sans doute la plus belle forme de reconnaissance et de gratification qu’ un designer puisse espérer. Cerise sur le gâteau, cette voiture de rêve (dans tous les sens du terme, aussi bien sur le plan du style que de son positionnement au sein de la gamme) sera vendue sans considération du prix de revient (Comme le faisaient, avant-guerre, la marque britannique Rolls-Royce avec ses Silver Ghost et Phantom I, II et III). La notion de « rentabilité », comme cela pourrait être le cas pour n’importe quelle voiture « ordinaire » n’entrant, ici, absolument pas en ligne de compte.

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Car l’Eldorado Brougham est bien tout sauf un modèle ordinaire. Il n’ y a qu’ à regarder le prix auquel elle est affichée pour s’ en convaincre: 13 074 $, soit deux fois le prix d’ un cabriolet Eldorado Biarritz (qui était, jusqu’ alors, le modèle le plus cher de la gamme). Un tarif qui est non seulement hautement élitiste (et qui en fait d’ ailleurs la voiture la plus chère de toute la production américaine) mais aussi tout à fait fantaisiste et sans aucun rapport avec le coût réel (C’est-à-dire le prix de revient) de la voiture. Ce prix de vente de 13 000 dollars (qui ne variera d’ailleurs pas d’ un dollar en 1959, malgré un changement radical du style de sa carrosserie) ayant été fixé dans le seul but de battre le record du coupé Continental Mark II (qui était produit par Lincoln mais où l’appellation Continental était présentée comme une marque à part entière). Le coût réel de la production de chaque Eldorado Brougham, ayant, en réalité, été estimé à… 25 000 $) ! Cadillac et General Motors perdant donc environ 12 000 dollars sur chaque voiture produite ! Une « perte » financière prévue et assumée, puisque, comme on l’a dit, le bénéfice (en tout cas financier et direct) ne faisant pas partie du cahier des charges de cette Cadillac hors normes. L’objectif n’ étant, en effet, pas d’en vendre le plus possible (Comme pour une « vulgaire » Cadillac DeVille) mais bien d’attirer les projecteurs et de focaliser l’ attention du public sur la marque.

De plus, à un tel niveau de prix, comme par le style et l’équipement plus que complet qu’offrait cette « super-Cadillac » (A ce niveau, certains diraient que ce n’était pas vraiment un cadeau mais bien le minimum !), les plus grandes célébrités de l’ époque ne vont évidemment pas manquer d’en faire leur nouvelle monture fétiche. Parmi les possesseurs de l’ Eldorado Brougham, on comptera ainsi l’actrice Ava Gardner, la princesse de Monaco Grace Kelly, la cantatrice Maria Callas ainsi que le coroner Frank Sinatra (entre autres), pour qui l’argent n’était évidemment pas un problème et qui étaient convaincus, en signant ce chèque de 13 000 $, de pouvoir désormais rouler dans une voiture américaine qui soutiendrait sans aucun mal la comparaison avec les Rolls-Royce. Pour le « modeste » propriétaire d’une Cadillac « d’ entrée de gamme », la liste des équipements offerts par Cadillac avait, en effet, de quoi faire rêver: Un plancher recouvert d’ une moquette en peau de mouton, une suspension à air comprimé (Même si ce système s’avéra rapidement peu fiable et que la plupart des voitures furent, par la suite, équipées d’une suspension plus classique), un distributeur de cigarettes (On ne parlait pas encore, à l’époque, des dangers du tabac), un nécessaire de maquillage (pour les dames), un service de six gobelets en métal argenté et aimanté (pour éviter de se renverser si la voiture croisait un nid de poule ou un dos d’ âne), d’un système d’air conditionné bi-zone et d’un atomiseur Arpège pour se reparfumer avant une soirée de gala. (Pour ne citer qu’une partie d’entre-eux).

Au vue du prix assez dissuasif (pour dire le moins) auquel elle était proposé, on ne s’étonnera sans doute que, durant le millésime 1957, l’Eldorado Brougham ne se soit vendue, en tout et pour tout, qu’à 704 exemplaires. Ce qui reste, malgré tout, un beau score à ce niveau de prix.

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La berline Eldorado Brougham figurera encore trois ans au catalogue, jusqu’à la fin du millésime 1960. (Durant les deux derniers millésimes, sa carrosserie sera réalisé, en sous-traitance, par le carrossier italien Pininfarina). Toutefois, dans la mémoire collective comme chez les admirateurs de la marque, c’est bien la première génération qui reste la plus emblématique et aussi, tout comme les modèles du millésime 1959, l’autre dernière grande réalisation d’ Harley Earl, l’archétype de ce que devrait être une vraie Cadillac.

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Beaucoup regrettent d’ ailleurs aujourd’hui que la marque n’ait pas eu la bonne idée (ou le courage) de lancer sur le marché une nouvelle « super-Cadillac », dans l’ esprit de l’ Eldorado Brougham, comme le concept-car Sixteen, dont le nom (ainsi que le moteur) constituaient une référence claire aux glorieux modèles à moteurs seize cylindres des années 30. Comme pour l’Eldorado Brougham à la fin des années 50, si l’opération ne serait sans doute pas vraiment « rentable » (en tout cas en ce qui concerne les bénéfices direct), elle serait toutefois certainement fort profitable à la marque pour redorer son blason et revendiquer à nouveau, comme à la grande époque, l’appellation « standard of the world ».

Texte Alexandre lagarde

Written by Jack

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