HUDSON « STEP-DOWN » – HERO OF CARS. Episode 2

Histoire

 

Lorsque la lignée des Hudson « Step-down » (littéralement « descendez » en anglais) est dévoilée au public, la structure monocoque autoporteuse n’est, certes, pas vraiment une nouveauté absolue. En tout cas à l’échelle de l’automobile mondiale, puisque, en Europe, Adler, Citroën, Lancia et Renault l’avait déjà adoptée avant-guerre. Outre leurs lignes, si les nouveaux modèles de la marque Hudson va à ce point marquer les esprits, tant au sein du public que de la presse automobile, c’est aussi, non seulement, parce que ce type de structure est encore peu usitée parmi les constructeurs américains mais aussi parce que ce choix technique apparaît plutôt inattendu de la part d’un constructeur qui, jusqu’à présent, n’était pas vraiment réputé pour l’audace de ses modèles, que ce soit sur le plan technique comme sur celui du style. C’est sans-doute, en partie, par volonté de s’affranchir de cette image très (ou trop) conformiste et de sortir du rang face à ses (nombreux) concurrents que les ingénieurs et les stylistes du bureau d’études de la marque ont choisi de prendre cette orientation radicale dans ces deux domaines.

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Sur les pages tirées d’un des catalogues Hudson du millésime 1948 – le premier pour les « Step-down » -, on peut voir en détails, sur la première d’entre-elles, comment se présente le « squelette » des nouvelles Hudson. Notamment l’épais rail qui ceinture la voiture et offre une excellente protection aux occupants en cas de choc latéral, ainsi que les montants verticaux formant une sorte de cage rigide. (Le dessin présentant une « vue fantôme » de la voiture comporte toutefois une erreur : En réalité, le rail du châssis périmétrique remonte nettement au niveau de la roue arrière, sans quoi il serait fort difficile, voire impossible, de changer la roue en cas de crevaison).

Les quatre hommes à l’origine de cette révolution ont pour noms Frank Spring, Arthur Kibiger, Millard Toncray et Carl Cenzer. Les deux premiers se chargeant de tout ce qui a trait au style, intérieur comme extérieur, des futures Hudson, alors que Toncray et Cenzer s’occupant, eux, principalement, de la partie technique du projet. Assurant depuis 1931 la direction du bureau de style de Hudson, Frank S. Spring (1893 – 1959) est un personnage charismatique issu d’une famille bourgeoise de San Francisco. Après en séjour en France, en 1914, où il décrochera un diplôme au sein de l’Ecole Polytechnique, de retour aux Etats-Unis, il intègre, en 1923, l’entreprise de carrosserie Walter Murphy, l’un des plus prestigieux carrossiers de la Côte Ouest. Une étape dans son parcours professionnelle qui lui permettra d’approfondir sa formation de styliste et qui sera primordiale pour la suite de sa carrière. Huit ans plus tard, il entre au service du constructeur Hudson et y restera jusqu’à son départ à la retraite en 1955. En plus de seconder ce dernier lors de ses travaux sur la planche à dessin, Kibiger a aussi pour rôle d’assurer la liaison, c’est-à-dire le suivi et les échanges d’informations, entre les ingénieurs et les stylistes au sein du bureau d’études, un rôle à la fois stratégique et délicat. Certains historiens de l’automobile allant même jusqu’à lui attribuer la paternité des lignes générales du style des Hudson « Step-down ». Formé chez Dodge (l’une des divisions du groupe Chrysler), Cenzer, de son côté, a rejoint Hudson en 1939. Passionné par la technologie aéronautique, c’est lui et son bras-droit, Millard Toncray, qui auront pour mission de convaincre le président Barit pour la mise en chantier et à la commercialisation de la lignée des « Step-down ».

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Le président de Hudson est toutefois à l’image des voitures alors produites par la marque, c’est-à-dire d’un esprit assez conformiste, voire conservateur, et, dans un premier temps, se montre plutôt sceptique, pour ne pas dire réticent, à l’égard des choix opérés par les hommes du bureau d’études. Cenzer et Toncray devront alors user de toute leur force de conviction pour convaincre le PDG de Hudson de donner son feu vert à cette lignée assez révolutionnaire.

La genèse de la lignée des « Step-down » remonte au début des années 1940, durant la Seconde Guerre mondiale. Alors que le conflit fait rage, dans le Pacifique comme en Europe et que tous les constructeurs automobiles ont du, en février 1942 (Deux mois après l’attaque de Pearl Harbor), cesser toute production civile et reconvertir leurs usines dans la construction de tanks et autres engins militaires, ainsi que d’armes et de munitions, les bureaux de style des différents constructeurs disposent de « temps libre ». Chez Hudson, les stylistes décident alors de mettre celui-ci à profit pour concevoir les nouveaux modèles de l’après-guerre. Si, dans un premier temps, laissant vagabonder leur imagination et ne se fixant aucun critère de sélection ou de restriction ni aucune limite, les lignes des futures Hudson, telles que les imaginent alors Spring et Kibiger prennent un aspect parfois délirant et qui serait difficile, voire impossible, tant sur le plan financier que sur le plan pratique, de transposer sur des voitures construites à la chaîne. Revenant toutefois rapidement à plus de réalisme et prenant progressivement conscience des exigences et des contraintes liées à la production en série, l’inspiration des travaux des stylistes de Hudson se précise bientôt et, avant même la fin de la Guerre (en septembre 1945) les lignes des nouveaux modèles sont quasiment figées.hudson-_step-down_-e

Dans un premier temps, comme tous les autres constructeurs américains, Hudson se contente toutefois de remettre en production ses modèles d’avant-guerre (première photo), le temps que la mise au point des nouveaux modèles soit achevée et que les matrices nécessaires pour la fabrication de leurs nouvelles carrosseries aient été livrées. C’est finalement en décembre 1947 qu’est dévoilée à Detroit la nouvelle et révolutionnaire lignée des Hudson « Step-down ». Les réactions que celles-ci provoquent, au sein du public (Des fidèles clients de la marque comme des nouveaux acheteurs potentiels) sont à la mesure des espérances des dirigeants de la marque. Leurs lignes, à la fois souples et rondes ainsi que leurs flancs lisses incarnent une singulière modernité, tout comme la calandre à barres horizontales largement chromée, le tout conjugué à une garde au sol réduite, non seulement, tranchent singulièrement avec l’aspect de leurs devancières mais aussi avec celles de la majorité de leurs concurrentes. Les constructeurs rivaux ne présenteront d’ailleurs, pour la plupart, leurs nouveaux modèles que près d’un an plus tard. Dans le domaine de la nouveauté en matière de style, seule la marque Kaiser-Frazer (Un nouveau venu sur la scène automobile américaine) peut se targuer d’être arrivé en premier, suivi ensuite par Studebaker (Ce dernier, qui est alors le doyen des constructeurs américains), ce dernier précédant de quelques mois les nouvelles Hudson. D’un aspect qui, lors de leur lancement, apparaît à la fois moderne, original et même futuriste, la ligne des « Step-down » est unanimement salué, dans la presse automobile ainsi que par les acheteurs, comme une réussite. Symboles du progrès triomphant au sein de la production automobile des Etats-Unis, elles bénéficieront même de la première campagne de publicité automobile diffusée sur la télévision américaine, à l’initiative des concessionnaires new-yorkais de la marque.

A suivre…

Written by Jack

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