BRISTOL 400 à 412 – GRAND TOURISME « SO BRITISH ».

Histoire

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Dans ses rapports vis-à-vis de sa clientèle aussi, Bristol fait preuve d’une singularité assumée : La seule et unique concession de la marque est située sur Kensington High Street à Londres. Il n’existe, en effet, aucun réseau de distribution, les ventes se faisant exclusivement dans les bureaux de Kensington Street, sans aucun intermédiaire. Ce qui permet aussi à la firme de tisser des liens particuliers avec les propriétaires de chaque voiture. Les bâtiments qui abritent les départements consacrés à l’entretien et à l’après-vente se trouvant, quant à eux, sur Great West Road. L’usine étant, elle, interdite à tout visiteur. Autre singularité : Les chiffres de production délivrés par le constructeur (Ce dernier ne les délivrant d’ailleurs pas forcément chaque année) incluent aussi, en plus des voitures neuves, les restaurations et les « remises à niveau » des anciens modèles de la marque, cette dernière étant l’un des rares constructeurs a gérer elle-même ce genre de chantiers, afin, selon les responsables de la firme, de préserver le patrimoine génétique des Bristol. Le constructeur garantissant d’ailleurs la fourniture de 97 % des pièces commandées (que ce soit pour un modèle actuel ou ancien) en moins de 48 heures. Beaucoup de marques, aussi prestigieuses soient-elles, auraient sans doute du mal à faire mieux !

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Paradoxalement, ce « décalage » et cet anachronisme affiché des Bristol eurent un effet inattendu sur les ventes de la marque. A la fin des années 1990, rouler en Bristol devint en effet une nouvelle mode fort tendance au sein des membres de la jet-set britannique. Si leur aspect totalement « désuet » et « hors du temps » a toujours fait partie de l’identité des modèles de la marque et a toujours été clairement revendiquée par les dirigeants de la firme, dans les dernières années du XXème siècle, cette singularité eut un attrait qui s’étendit au-delà du cercle habituel des fidèles de la marque. Un effet de mode qui fit « bondir » la production de l’usine de Filton jusqu’à 150 exemplaires en 2000. La clientèle des vieux aristocrates britanniques, qui composait jusque-là la plus grande partie des clients de la marque, fut alors progressivement remplacée par celle des stars du show-biz ainsi que des riches hommes d’affaires (à l’image de Richard Branson, le très médiatique patron du groupe Virgin).

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A cette époque, pourtant, pour les touristes qui passaient leurs vacances à Londres et qui passaient, par hasard (Car, à moins d’êtres de fins connaisseurs en matière d’automobiles, la grande majorité d’entre-eux n’avaient sans-doute jamais entendu parler de la marque), devant le seul et unique concessionnaire de la marque aurait probablement eu du mal à croire que ce show-room, à l’allure tout ce qu’il y a de plus anonyme, et qui aurait pu passer pour un banal vendeur de voitures anciennes spécialisé dans les « vieilles » anglaises, comme il devait sans doute y en avoir un assez grand nombre partout en Angleterre. Lorsque le visiteur et futur acheteur potentiel poussait la porte du show-room, les chaises sur lesquelles lui et le représentant de la marque s’installaient, comme la table qui se trouvaient entre eux, n’auraient pas dépareiller au sein des restos du coeur des faubourgs les plus populaires de la capitale anglaise ! On était donc là à cent voire à mille lieux du luxe clinquant des concessionnaires de chez Aston Martin, Rolls-Royce ou même de constructeurs plus « populaires » comme Jaguar ou Mercedes. Etait-ce une autre manifestation de la « singularité » de la marque, de son refus de toute « ostentation » et de son culte de la discrétion ? Que sa réputation dans le monde de l’automobile de prestige, en Angleterre, était parfaitement, et depuis longtemps, établie et qu’elle n’avait donc absolument pas besoin de déployer les strasses et le tapis rouge pour attirer de nouveaux clients ou convaincre ceux qui possèdent déjà une Bristol de passer commande pour le nouveau modèle ? Ou bien, plus prosaïquement, le signe que, malgré cet intérêt inattendu de la part d’une nouvelle clientèle qui jusqu’ici, ne s’était jamais vraiment intéressé à cette marque si atypique, et les gains financiers que cela pouvait engendrer, l’âge d’or de Bristol était sans doute derrière lui et que, en dépit de cela, les bénéfices récoltés par le constructeur étaient à ce point réduits que celui-ci n’avait pas les moyens d’offrir une rénovation, même partielle, aux locaux qui abritaient le seul et unique point de vente de la marque ?… Probablement tout cela à la fois.

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En février 1997, Crook, commençant sans doute à ressentir les atteintes de l’âge (Il était alors âgé de 77 ans) et désirant prendre une sorte de « semi-retraite », décide de vendre la moitié des parts de Bristol Cars à l’ingénieur et hommes d’affaires Toby Silverton, qui a fait fortune dans la fabrication de composants pour l’aéronautique. Une manière pour Crook à la fois d’apporter du sang neuf à la marque et aussi d’assurer la relève, le contrat pour la cession des parts incluant une option pour le rachat des parts restantes de l’entreprise dans les quatre ans. Après Silverton, les dirigeants du groupe Tavistock et plusieurs autres investisseurs intégrèrent également le conseil de direction de la marque. Bien qu’en 2002, Bristol deviennent entièrement la propriété de Silverton et du groupe Tavistock, Crook fut maintenu comme directeur général de la marque. Dernière figure historique de la marque, ce dernier quittera finalement Bristol en août 2007, prenant alors définitivement sa retraite de la marque à laquelle il avait consacré presque toute sa vie. Il décédera en février 2014 à l’âge de 93 ans.

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Si, depuis sa fondation au lendemain de la Seconde guerre mondiale, soit durant plus de six décennies, la marque Bristol a pu vivre dans un « splendide isolement », les réalités du monde moderne et de son économie ont manifestement réussies à la rattraper, car, en mars 2011, la marque est déclarée insolvable et mise en redressement judiciaire. Moins de deux mois plus tard, fin avril, le constructeur est racheté par le groupe KamKorp, dirigé par l’homme d’affaires britannique d’origine indienne Kamal Siddiqi, spécialisé dans les systèmes hybrides et électriques pour les marchés du transport et l’industrie et qui a, notamment, racheté le fabricant de taxis Metrocab. (A noter que, parmi ses filiales, KamKorp possède aussi Frazer-Nash Research, une société spécialisée dans les véhicules électriques, mais cette dernière n’a toutefois aucun lien avec la marque liée à Bristol à l’époque des origines du constructeur de Filton). En 2014, Bristol a annoncé le lancement d’un nouveau modèle, sous le nom de code de Projet Pinnacle. Après une première apparition publique, assez discrète, lors du Festival de Vitesse de Goodwood, en juin 2016, dès le mois suivant, les observateurs ont eu l’occasion d’observer la voiture en détails et dans sa version présentée comme « définitive », tout comme son nom : Bristol Bullet. Alors que les premiers communiqués ou les articles publiés dans la presse automobile parlaient d’un moteur hybride d’origine BMW, la Bullet sera équipée, comme cela avait été annoncé dès mai 2015, d’un « classique » moteur à essence de 4,8 litres développant 370 chevaux, toujours d’origine BMW, monté sur une structure et d’une carrosserie en fibre de carbone et dont le prix de revient est estimé à 250 000 £. Malgré son allure vintage, la Bullet a donc tout d’une voiture moderne. Afin de respecter la « tradition » et pour garantir l’exclusivité du modèle, la production de cette nouvelle Bristol sera volontairement limitée à 70 exemplaires par an. Un gage certain d’exclusivité. Avec, si tout va bien, une commercialisation prévue en 2017.

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Une résurrection qui semble donc en passe d’être réussie et qui pourrait probablement donner quelques idées à d’autres. Si, ces quinze ou vingt dernières années, les tentatives de résurrection de plusieurs grandes marques automobiles d’autrefois ont été légion (DeTomaso, Hispano-Suiza, Isotta-Fraschini, Jensen, Maybach, Osca,…), la plupart d’entre-elles n’ont malheureusement été que des feux de paille ou même, pire, que de la poudre aux yeux. Notamment parce que leurs promoteurs ont souvent eu les yeux plus gros que le ventre et qu’ils n’avaient pas les moyens de leur ambitions. Toutefois, comme cette nouvelle Bristol devrait être, comme par le passé, réservé au seul marché britannique, on peut gager que cela pourrait, d’une certaine manière, garantir la viabilité du projet : Cette production et ce marché volontairement limités évitant à la firme de devoir se lancer dans de lourds investissements si elle voulait vendre son nouveau modèle sur les marchés étrangers, avec tous les risques que cela impliquerait. Notamment celui de faire face à une concurrence qui, sur le marché des voitures de sport et de prestige, comme dans quasiment tous les autres segments du marché du marché automobile, est de plus en plus féroce. D’autant que, sur un marché ou le prestige du blason est l’un des critères prépondérants, les chances de Bristol de se faire une place à l’international apparaîtraient sans doute plutôt minces. (La marque, comme on l’a dit, n’ayant jamais jugé utile de se faire connaître et de chercher à vendre ses voitures hors du Royaume-Uni).

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Au sein des amateurs de voitures exclusives, beaucoup attendent évidemment de voir si les espérances des nouveaux dirigeants de la marque se confirmeront et si cette résurrection débouchera, dans les années à venir, sur le lancement de plusieurs autres nouveaux modèles. S’il est encore trop tôt pour le dire, on peut en tout cas dire avec certitude que, étant donné le caractère et le statut de la marque Bristol, résolument « à part », comme de son parcours singulier, ainsi que de la production de la nouvelle Bullet qui se veut volontairement limitée afin d’en garantir l’exclusivité, l’amateur (fortuné, cela va sans dire) qui en fera l’acquisition sera sans doute certain de ne pas souvent rencontrer la même lorsqu’il ira assister au match de polo ou de cricket ou qu’il parcourra à vive allure les routes de campagne de l’Ecosse ou des Midlands. Ce qui, après tout, est bien l’un des buts essentiels lorsque l’on fait l’acquisition d’une voiture appartenant à une marque aussi exclusive que Bristol !

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Jean Louis Shieffer

Written by Jack

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