BRISTOL 400 à 412 – GRAND TOURISME « SO BRITISH ».

Histoire

 

L’ objectif est simple: Sans effets de styles gratuits, la future Bristol doit être esthétiquement conforme à ce que le public attend du savoir-faire d’ un avionneur. En toute logique, cet impératif implique une recherche aérodynamique soignée. Les lignes retenues, qui sont étudiées en soufflerie, sous la direction du responsable de la carrosserie, Dudley Hobbs, sont fort semblables à celles d’ un projet réalisé auparavant en Italie, chez Touring, à la demande des frères Aldington, les dirigeants de la firme Frazer-Nash (Qui, avant-guerre, importait les BMW au Royaume-Uni et qui, au lendemain de la guerre, avaient envisagé de nouer un partenariat avec Bristol pour la création de la future Bristol 400. Un projet qui avortera toutefois rapidement, ce qui n’ empêchera pourtant pas Bristol de fournir aux frères Aldington les moteurs qui équiperont leurs voitures). Si l’ on ignore, aujourd’hui encore, l’ identité exacte de l’ auteur des lignes de celle qui allait devenir la Bristol 401 (et qui ne sont pas sans rappeler celles de certaines créations du carrossier milanais sur les Alfa Romeo juste avant comme au lendemain de la guerre), Touring et le constructeur britannique entretienne alors une relation assez étroite. Au point que Bristol fait l’ acquisition du procédé Superleggera mis au point par le carrossier italien, où les panneaux de la carrosserie sont soudés sur un treillis en tube qui forment l’ armature de celle-ci. Dévoilée en 1949, la Bristol 401 remporte immédiatement un vif succès. En dépit du prix de vente de la voiture, qui se rapproche plus de celui d’ une Bentley que de celui d’ une Jaguar, une clientèle fidèle se constitue. Sur ce modèle, la véritable grille d’ aération pour le moteur est désormais placée sous le pare-choc (Le double haricot, héritage esthétique des BMW, a toutefois été conservé au bout du capot mais il ne s’ agit maintenant plus que d’ un simple élément de décoration). En même temps que la 401, en 1949, Bristol présente sa première décapotable, la 402 (Une version cabriolet de la 400 avait bien été étudiée, mais elle restera à l’ état de prototype). Celle-ci ne sera toutefois produite qu’ à 22 exemplaires, avant de disparaître, faute de demande, dès l’ année suivante. En 1953, la Bristol 403 se substitue à la 401. Sous une robe inchangée, la puissance du freinage et du moteur est accrue. La renommée de la marque s’ étend sur les marchés extérieurs.

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En France, l’ importation est assurée par le dynamique André Chardonnet (1923 – 2005). A l’origine, les dirigeants du constructeur britannique avaient jugé que Chardonnet n’avait pas l’envergure ni le prestige pour représenter dignement la marque bristol sur le marché français. Il est vrai que Chardonnet n’en était alors qu’à ses débuts dans son activité d’importateur et que son affaire n’avait pas encore atteint la taille ni la notoriété qu’il aura lorsqu’il sera devenu (entre autres) l’importateur en France de la marque italienne Lancia. La direction de Bristol s’adressa donc, dans un premier temps, à la société Roblou, qui importait à l’époque en France les modèles de la marque américaine Dodge. Mais, manifestement, la vente des Bristol ne fit jamais vraiment partie de ses priorités et le constructeur reprit alors contact avec Chardonnet. Convaincu, comme les dirigeants de Bristol, que, pour mieux assurer la promotion de la marque en France, il lui fallait disposer d’une adresse prestigieuse, André Chardonnet fit alors l’acquisition d’un magasin d’exposition au n° 48 de l’Avenue Kleber. En plus de celui-ci, trois autres concessionnaires, installés à Bordeaux, Marseille et Lille vinrent compléter le réseau mis en place par Chardonnet. Ce dernier parviendra à se constituer une petite clientèle d’ amateurs tout aussi éclairés que fortunés. Parmi eux, Georges Pompidou, alors fondé de pouvoir de la banque Rothschild). Inconnues et fort chères, les Bristol devaient convaincre, dans un pays où l’ ascendance BMW n’ attire pas encore forcément la sympathie du public (Dans les années 50, en France comme dans d’ autres pays, les souvenirs de la guerre et de l’ occupation sont encore très vifs et rouler dans une voiture allemande ferait « mauvais genre », pour ne pas dire plus !). Parues dans la revue L’ Automobile en juillet 1953, ces lignes de Jean Bernardet sont révélatrices: « J’ espère que l’ ami Chardonnet, agent Bristol à Paris, ne m’ en voudra pas, mais je n’ aimais pas du tout la Bristol avant qu’ il me l’ eût mise (presque de force) dans les mains ». Au terme d’ un court essai, Jean Bernardet n’ en reconnaît pas moins, avec sa rigueur habituelle, les grandes qualités de la voiture. Il en va de même dans L’ Auto Journal, où André Costa conclue son essai en ces termes: « Le plus gros reproche que l’ on puisse faire sans doute à la Bristol 403 est sans doute son prix extrêmement élevé (…). Il faut cependant reconnaître que cette marque anglaise livre une voiture exécutée avec un soin qui laisse rêveur« . André Chardonnet, dont les établissements étaient alors basé à Pantin, vendit, au total, quelques 300 voitures de la marque anglaise jusqu’à la fin des années soixante.

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La réussite de la 401, puis de la 403, semble donner des ailes à Bristol. A partir de 1952, le constructeur donne à sa politique une orientation nettement plus sportive. Ce qui, outre un engagement désormais direct en compétition (avec les Bristol 450, dotées d’ un aérodynamisme spectaculaire, mais, néanmoins, d’ une ligne tout sauf élégante) transparaîtra dans le nouveau modèle de la marque, la 404, qui prend la relève de la 403 à la fin de l’ année 1953 (Au total, les bristol 401 ainsi que les 402 et 403 qui en sont dérivées ont été produites à 974 exemplaires). Avec sa calandre assez agressive et originale, qui rappelle fortement le réacteur d’ un avion de chasse (comme pour mieux souligner les origines aéronautiques du constructeur), cette dernière rompe tout lien esthétique avec les BMW. Si la 404 ne sera qu’ un modèle de transition, produit à seulement 40 exemplaires, elle affiche en tout cas, plus clairement encore que ses devancières, la volonté de Bristol de se faire un nom dans le monde des coupés de grand tourisme. Malgré les vicissitudes que connaîtra, à plusieurs reprises, la marque dans son histoire, Bristol figure, aujourd’hui encore, parmi les meilleurs symboles de « l’ exception culturel » de l’ automobile anglaise et ses modèles de « voitures de connaisseurs ».

La présentation, en 1953, de la 404 marque une date importante dans l’ histoire de la marque anglaise Bristol. Ce nouveau coupé, à la ligne très aérodynamique, rompt en effet tout lien esthétique avec les BMW et voit donc disparaître le « double haricot » formant la calandre des voitures de la marque bavaroise, qui avait été reprise sur les premières Bristol ,les coupés 400, 401 et 403, ainsi que le cabriolet 402. Celle-ci ne remplace toutefois pas le coupé 403, dont la production se poursuit jusqu’ en 1955.

Dans les années cinquante, la marque Bristol était une nouvelle venue sur la scène automobile et elle ne pouvait donc encore, à cette époque, s’offrir le luxe de se passer de toute publicité, comme elle le fera par la suite. Ainsi, au lancement de la 404, la firme fit édité un catalogue qui décrivait le nouveau modèle en ces termes : « Un coupé non décapotable à deux places, à lignes aérodynamiques développées, le modèle 404 est conçu exclusivement pour répondre aux besoins de l’acquéreur qui désire une automobile plus petite, et à performance plus grande que le modèle 405 à quatre portes et légèrement plus lourd … La surface de la route est visible à très peu de distance à l’avant du pare-chocs. Pour permette de prendre des passagers de plus de temps à autre, une tapisserie auxiliaire est prévue dans le compartiment arrière … Cette automobile prend des virages d’une façon que l’on associe habituellement aux voitures de course et c’est cette qualité qui permet à la 404 d’être conduite tout à fait normalement et en parfaite sécurité à des vitesses considérablement plus élevées que celles de l’automobile rapide moyenne. »

Beaucoup plus court et aussi plus élancé que ses devancières, la nouvelle 404 consacre l’ évolution amorcée chez Bristol au début des années 50. Avec sa calandre qui n’ est pas sans évoquer fortement le réacteur d’ un avion de chasse, comme sa ligne à l’ aérodynamisme très travaillé, étudié en soufflerie (Le dessin de la poupe a d’ ailleurs été inspiré par celui de la Bristol 450 de compétition), ce nouveau coupé ne fait pas mystère de ses prétentions sportives. Son empattement fort court induit toutefois un habitacle assez exiguë qui destine la voiture à une clientèle résolument sportive, alors que ses devancières, elle, par leurs lignes comme par l’ espace intérieur qu elles proposaient, elles, étaient plus orientées vers le grand tourisme. Une autre de ses caractéristiques marquantes est l’ emplacement de la batterie et de la roue de secours, qui se trouvent placées dans les flancs de la voiture, entre les passages de roues et les portières. En cas de besoin, celles-ci sont accessibles par des trappes à l’ extérieur. Très pratique, et permettant ainsi d’ occuper un espace le plus souvent laissé vide sur les autres voitures, cette disposition deviendra ensuite une caractéristique commune à toutes les Bristol, jusqu’ à l’ arrêt de la production de la Blenheim III au début des années 2010. Son en arrivée coïncide d’ ailleurs avec le souhait de Bristol de se lancer dans le grand bain de la compétition (Une ambition matérialisée par la présentation de la 450, qui, malgré quelques victoires décrochées, ne sera jamais vraiment à la hauteur des espérances des dirigeants de la marque. Celle-ci décidant finalement de se retirer définitivement de la course automobile après la catastrophe survenue au Mans en 1955). Stricte deux places, rapidement surnommée « businessman express » par les amateurs de conduite sportive, est animée par une nouvelle version du moteur deux litres qui développe ici 127 chevaux, ce qui autorise à la nouvelle Bristol une vitesse de pointe de 180 km/h. En France, la voiture est vendue par André Chardonnet au prix de 3 500 000 F (Soit plus qu’ une Delaye 235 ou qu’ une Jaguar XK 120 et autant qu’ une Aston Martin DB2).

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Au Salon de Londres de 1954, Bristol surprend encore les observateurs en dévoilant sa berline 405 (dérivée du coupé 404). Elle s’ en distingue, à l’ avant, par un troisième phare placé à l’ intérieur de la calandre et, à l’ arrière, par un pavillon « fastback » très audacieux, qui lui donne un peu l’ allure d’ une berlinette à quatre portes. Celle-ci doit permettre à la marque de conserver une clientèle soucieuse de confort, rebutée par le manque d’ espace de la 404 et le vieillissement de la 403. Le constructeur la décrivit ainsi dans le catalogue qui lui était consacré :

 » Une voiture de ville d’élégance raffinée, le modèle 405 Saloon est aussi une automobile très rapide en mesure de couvrir de longues distances en un temps étonnamment court, tout en assurant un degré suprême de confort au chauffeur et aux passagers. La surmultiplication permet de maintenir sans effort une vitesse de croisière élevée pour un nombre réduit de tours du moteurs, et cela allié à l’absence de mugissement du vent due aux lignes aérodynamiques nettes de la carrosserie, donne une expérience entièrement nouvelle d’un automobilisme silencieux à de grandes vitesses  » 

En aviation la recherche de la perfection est plus poussée que dans n’importe quelle autre forme de mécanique, il est donc naturel que les voitures construites par Bristol Cars Limited, filiale de Bristol Aeroplane Company Limited, représentent les normes les plus élevées pratiquées à l’heure actuelle. Tout dans ces voitures rappelle la conception aéronautique, le dessin de base, la qualité des matières, la perfection du travail et de la vérification, les caractéristiques de tenue de route et la combinaison d’un rendement élevé avec une grande facilité de manoeuvre « .

Elle restera toutefois le seul modèle à quatre portes jamais produit par la marque. Il s’ agissait pourtant, sans conteste, de l’ une de ses plus séduisantes créations.

La Bristol 404 ne sera toutefois qu’ un modèle de transition, puisqu’ elle s’ efface à peine deux ans plus tard, en 1955, après avoir été produite, en tout, à 40 exemplaires seulement. Seule la berline 405 reste alors en production. Il en sera produit, au total, 297 exemplaires (Certaines sources font toutefois état de 308 exemplaires produits) jusqu’ en 1958. Cette dernière disparaîtra sans laisser de descendance, tandis que le coupé 404, lui, sera remplacé par la 406, lancée en octobre 1958.

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Si, jusqu’ alors, la division automobiles de Bristol avait pu profiter de la bonne santé du département aéronautique pour pouvoir développer et commercialiser ses voitures sans vraiment se soucier du prix de revient ou de leur réussite commerciale (Même si les Bristol ont, jusque’ ici, connu un succès fort honorable, surtout compte tenu de leurs prix de vente fort élevés), l’ évolution de la situation dans le secteur de la situation va finir par mettre fin à ce « splendide isolement ». Le département aéronautique traverse alors, en effet, de sérieuses turbulences. La mise au point des nouveaux moteurs Proteus, destinés à équiper le Bristol Britannia, s’ avère longue et difficile, ce qui impose à la direction de procéder à des économies drastiques. Le développement du moteur 160, qui devait équiper les futures voitures Bristol, en fait les frais et doit donc être abandonné. En 1956, l’ entreprise est réorganisé en trois entités distinctes: Bristol Aircraft Limited, Bristol Engine Ltd et, enfin, Bristol Cars Ltd. Très vite, il s’ avère que privé des apports financiers provenant de l’ activité aéronautique, Bristol Cars manque cruellement de moyens d’ études et qu’ il va bien falloir se résoudre à acheter à l’ extérieur le moteur qui devra équiper le futur modèle. Présentée en 1957, la Bristol 406 n’ est destinée, initialement, qu’ à être un modèle de transition et à faire patienter la clientèle en attendant que le nouveau moteur en question ait été trouvé. Doté d’ un style plus conventionnel que le précédent coupé 404 (dont l’ étrange calandre évoquait la turbine d’ un avion de chasse), ses lignes ont été élaborées en collaboration avec le carrossier suisse Beutler (disparu en 1987). Bien que doté d’un style très élégant, à la fois moderne et sobre, celui-ci ne faisait toutefois guère preuve d’audace. Hormis le dessin de sa calandre, on pourrait presque confondre la Bristol 406 avec un coupé Alvis TC 21.

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Malheureusement, même avec une cylindrée portée à 2,2 litres et offrant une puissance de 106 chevaux, le six cylindres (issu, comme pour ses devancières, de celui des BMW d’ avant-guerre) commence à avouer son âge. De plus, la voiture n’ est pas très légère non plus, ce qui explique qu’ elle ne dépasse pas les 160 km/h. Malgré une qualité de fabrication qui demeure toujours exceptionnelle, le prix de vente auquel est affiché (50 % de plus qu un coupé Jaguar XK 150 3,4 l) ne semble donc guère justifié étant donné ses performances qui s’ avèrent inférieures à celles de ses concurrentes (En exemple, sur une marché ouvert comme en Suisse, dépourvu de constructeurs nationaux, la Bristol 406 était affichée à 45 000 F (suisses), soit 5 000 F de plus qu’ une Maserati 3500 GT, forte, elle, de 220 chevaux !). Autant de raisons qui expliquent que les Bristol de cette génération ne sont produits qu’ au compte-gouttes. Il est donc grand temps pour Bristol de tourner la page du moteur BMW.

A suivre…

Written by Jack

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