ROLLS-ROYCE SILVER CLOUD, UNE NOUVELLE ERE POUR LA « SPIRIT OF ECTASY ».

Histoire

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Au vu du raffinement et de la recherche de « l’excellence d’absolue » qui ont prévalu à sa réalisation, aussi bien pour l’assemblage du moteur et de la carrosserie que la confection de l’habitacle, on ne s’étonnera pas que les tarifs pratiqués par le constructeur qui, avant la Première Guerre mondiale déjà, se vantait de construire « la meilleure voiture du monde » (pour reprendre ses propres termes) soient absolument exorbitants. Ainsi, en 1963, une Rolls-Royce Silver Cloud III à châssis long coûtait la « bagatelle » de 103 000 F, soit près de sept fois celui d’une Citroën DS 19 dans sa version la plus luxueuse, la Prestige. Sa cousine, la Bentley S3, elle, étant un poil « moins chère » (100 000 F), alors que le summum de la gamme du constructeur de Crewe, l’imposante et élitiste Phantom V est affichée au prix faramineux de 170 000 F. Parmi les voitures de prestige européennes qui atteignent ou dépasse la barre hautement symbolique (et stratosphérique) des 100 000 F, on trouve la Mercedes 600 (97 000 F pour le modèle « de base » et 110 000 F pour la version longue) et la Maserati Quattroporte (qui vaut elle aussi 110 000 F). Sur le plan des tarifs, même les plus imposants modèles de la production américaine pourraient passer pour des voitures populaires ! La Cadillac 60S Fleetwood se laisse en effet emporter contre un modique chèque de 59 000 F, une Lincoln Continental (similaire à celle de JFK) pour 55 000 F et une Imperial LeBaron (La marque de luxe du groupe Chrysler) 61 000 F. Même si les cadences de production au sein de l’usine de Crewe est à cent lieux de celles en vigueur à Detroit, on peut quand même dire que, étant donné les prix pratiqués, les trois générations de la Rolls-Royce Silver Cloud ont connues un beau succès. Même si la Silver Shadow, de par sa conception très moderne (surtout pour une Rolls-Royce à l’époque) avait vocation à devenir encore plus « populaire ».

La troisième et ultime version de la Silver Cloud ne connaîtra, elle aussi, qu’une existence assez courte, puisque sa production cessera à peine trois ans plus tard, à l’automne 1965, remplacée par la nouvelle Silver Shadow, d’une ligne plus basse, plus élancée et plus moderne et qui constituera une révolution au sein de la vénérable firme britannique, puisqu’elle sera la première Rolls-Royce à inaugurer une structure monocoque, et aussi à être explicitement conçue pour être conduite par son propriétaire et non plus par un chauffeur. La dernière représentante de la lignée des « nuages d’ argent » aura été construite, au total, à 2 227 exemplaires pour la berline, 206 limousines, 328 châssis courts et 47 châssis longs livrés à des carrossiers extérieurs. Les chiffres de production de sa cousine, la Bentley Série S, quant à elle, se sont arrêtés à un peu plus de 3 500 exemplaires pour la S1, 2 300 pour la S2 et environ 1 300 pour la S3. (Des chiffres qui ne concernent que les berlines, en version normale ou à empattement long, et qui n’incluent pas les coupés et cabriolets Continental).

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Même après l’arrêt de la production de la Silver Cloud III, sa lignée se prolongera, indirectement, à travers les limousines Phantom V et VI. Le lancement du premier V8 connu par Rolls-Royce (La mécanique de la Phantom IV était « simplement » équipé de cylindres disposés en ligne) permettra aussi d’offrir une nouvelle carrière à la lignée des limousines Phantom. Le huit cylindres en V des Silver Cloud II et III se retrouvera ainsi également sous le capot de l’imposante Phantom V, dévoilée en 1959 (peu de temps après la Silver Cloud II). Autre signe d’un changement de « philosophie » au sein de la maison, désormais, les têtes couronnées et les autres chefs d’états ne sont plus les seuls à pouvoir s’offrir le plus grand et le plus cher des modèles du catalogue Rolls-Royce. Malgré tout le soin apporté à sa réalisation, ainsi que le prestige que lui conférait le nom et l’emblème figurant au sommet de sa calandre, aux yeux de nombreuses stars du show-biz et de businessmen, la Silver Cloud, même en châssis long n’est pas assez imposante pour constituer une voiture digne de leur rang. En dépit de leur absence d’une « noble ascendance », ces derniers auront à présent, eux aussi, le privilège de rouler en Rolls-Royce Phantom. En plus de sa mécanique, la grande limousine emprunte également le châssis de la Silver Cloud, mais avec un empattement porté à 3,68 mètres. En plus des « grands » de ce monde (Parmi lesquels figureront, évidemment, la reine Elizabeth II, ainsi que le roi Olaf V de Norvège, le Shah d’Iran et même le maréchal Tito), des célébrités comme John Lennon auront elle aussi la leur. (Celle de l’ex-Beatles est resté célèbre pour sa carrosserie de couleur « jaune canari » recouverte de motifs psychédéliques inspirés des roulottes de gitans du XIXème siècle. S’inspirant des lignes de la Silver Cloud, la ressemblance entre les deux modèles s’accentuera encore à partir de 1963, lorsque la grande Rolls-Royce reprendra également la double paire de phares de cette dernière. Produite à 516 exemplaires. Un beau score étant donné son prix de vente stratosphérique et surtout si on le compare aux dix-huit exemplaires de sa devancière, la très exclusive Phantom IV. (Même si la Phantom III, avant-guerre, avait fait encore mieux avec 727 exemplaires produits entre 1936 et 1939). En 1968, un nouveau modèle, baptisé (en toute logique) Phantom VI prend la relève. Si, de prime abord, cette dernière affiche une ligne identique à celle de sa devancière, elle reçoit toutefois des galbes plus prononcés qui modernise (très) légèrement sa ligne. A la fois désuète « hors du temps », ce modèle haut de gamme continuera à incarner, dans l’esprit du public, l’archétype de la limousine anglaise et l’idée que l’on se fait généralement d’une Rolls-Royce. En dehors d’un nouveau V8 de 6,75 litres en 1979 (dont bénéficie la Silver Shadow depuis 1970 et que l’on retrouvera également sur ses remplaçantes, les Silver Spirit et Silver Spur, dévoilées en 1980), cette statutaire limousine ne connaîtra pratiquement aucun changement durant les vingt-trois ans de sa longue carrière. Lorsqu’elle quittera finalement la scène, en toute discrétion, en 1991, certains, y compris parmi les clients de la marque, ont probablement dû être étonnés d’apprendre que ce modèle, qui semblait appartenir à une époque révolue, figurait toujours au catalogue. Bien que produite à seulement 376 exemplaires (Ce qui, en dehors de la Phantom IV, en fait, en terme de production, la plus confidentielle des représentantes de la lignée des Phantom), beaucoup d’entre-elles roulent encore aujourd’hui, offrant ainsi une preuve supplémentaire de la qualité de fabrication de la « meilleure voiture du monde » . Pour paraphraser le célèbre slogan de David Brown (propriétaire d’Aston Martin entre 1947 et 1972), « Quand on achète une Rolls-Royce, c’est pour la vie ! ».

Suite et fin demain

Written by Jack

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