CADILLAC V16 – UN JOYAU AUTOMOBILE AU COEUR DE LA CRISE épisode 5

Histoire

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Pour ce qui sera sa dernière année de production, et bien qu’il y ait une douzaine de carrosseries proposées au catalogue, seuls 61 exemplaires de cette ultime Cadillac V16 sortiront de chaîne. C’est en effet le chant du cygne pour la prestigieuse Cadillac V16. En ce début des années 1940, après avoir connue son apogée durant la première moitié de la décennie précédente, la mode des moteurs multicylindres s’est maintenant éteinte. Tous les constructeurs qui l’avaient adopté l’ont soit abandonnée ou ont, tout simplement, mis la clef sous la porte, victime de la crise. (Ce fut ainsi le cas de Auburn ou Pierce-Arrow). Au commencement des années 1940, seule la Lincoln Continental demeure fidèle au moteur multicylindres, (En l’espèce, un V12 à soupapes latérales), qu’elle conservera jusqu’à sa fin de production en 1948. Désormais, pour toutes les voitures américaines de tourisme (A l’exception des modèles populaires, qui conservent, pour la plupart, un moteur six cylindres), c’est maintenant le V8 qui devient la norme, que ce soit pour les modèles « intermédiaires » ou pour les voitures de haut de gamme. Pour la division de prestige de General Motors, comme pour tous les autres constructeurs américains. Il faudra attendre plus de quarante ans pour revoir une Cadillac équipée d’une autre motorisation que d’un V8. (En l’occurrence, la seconde génération de la berline compacte Seville, qui, en plus du 8 cylindres qui l’équipait à l’origine, recevra également un moteur six cylindres, plus économique en carburant et mieux adapté au contexte de la crise pétrolière qui sévissait alors au début des années 80). Grâce aux progrès techniques réalisés par les ingénieurs automobiles (aux Etats-Unis ou ailleurs), la puissance délivrée par les moteurs ne dépendait plus automatiquement, ou uniquement, du nombre de cylindres dont ils étaient équipés. Le V8 équipant les Cadillac au début de la décennie 1940 étant presque aussi puissants que le V16 qui équipait les premiers modèles de la lignée (5,9 litres et 150 chevaux contre 7,4 litres et 165 chevaux pour la première génération de la V16 lancée en 1930).

A l’exception du concept-car Sixteen créé au début des années 2000 et exposé dans différents salons automobiles (Mais qui, jusqu’ici, n’a été suivi d’aucune production en série), il n’y eut plus jamais aucune Cadillac sous le capot de laquelle ait été placé un moteur V16.

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En dehors des engins uniquement destiné à la compétition (créés par Bugatti, BRM ou Auto-Union), les voitures de tourisme à moteur seize cylindres se comptent sur les doigts d’une main. Malgré le déclin qu’elle a connue (sur le plan commercial en tout cas), peu de temps après son lancement, celle créée par Cadillac fut quasiment la seule à connaître une carrière digne de ce nom. Aux Etats-Unis, Marmon, un constructeur indépendant, lui aussi spécialisé dans les voitures de luxe, avait lui aussi présenté, en 1931, un modèle haut de gamme à moteur seize cylindres. Un projet que Howard Marmon, le fondateur de la marque, étudiait déjà depuis 1926. Son perfectionnisme, ainsi que le choix d’une mécanique entièrement en alliage léger, en retardant toutefois la commercialisation. Lorsque celle-ci débute enfin, cela fait quinze mois déjà qu’a eu lieu le krach de Wall Street. Ce qui explique qu’il y ait eu moins de 400 exemplaires de la Marmon V16 qui furent produits, probablement tous construits en 1931. (Un certain nombre d’exemplaires, restés invendus, mirent toutefois près de deux ans pour être écoulés, avant que la marque ne dépose finalement son bilan en 1933. Une fermeture que la mise en chantier et le lancement de la dispendieuse V16 a évidement précipité). Un autre constructeur américain, Peerless, avait également étudié le projet d’une voiture à moteur seize cylindres, équipée, comme la Marmon, d’une motorisation réalisée entièrement en aluminium. Ayant reçu une carrosserie réalisée par le carrossier Murphy, ce prototype restera malheureusement unique, Peerless cessant ses activités en 1931. Comme beaucoup d’autres, la marque n’a pas su encaisser le choc e la grande dépression. Toujours au pays de l’Oncle Sam, Harry Miller, l’un des pionniers de la traction avant aux Etats-Unis, réalisera un unique roadster recevant non seulement un moteur V16 à quatre arbres à cames en tête mais aussi une transmission à quatre roues motrices, réalisé pour un client très aisé et persuasif. En Europe, on ne connaît guère, dans de domaine, que l’étude réalisé par la firme Bucciali (A ne pas confondre avec Bugatti, bien que tous deux soient des constructeurs français). Ce dernier réalisera le prototype d’un modèle baptisé Double Huit, qui sera exposé dans différents salons automobiles, en France comme à l’étranger. Initialement équipé d’un V16 incliné à 45° (probablement factice), il fut ensuite motorisé par un moteur seize cylindres en U, formé de deux huit cylindres Continental monté côte à côte. Un seul exemplaire roulant en fut réalisé. En ce début des années 30, qui voyait la crise qui avait démarrée en Amérique et qui commençait maintenant à gagner l’Europe, la décision des frères Bucciali d’abandonner leurs petites voitures de sport à quatre cylindres pour d’extravagantes voitures de prestige à moteur huit cylindres apparaît (surtout avec le recul) comme une folie et entraînera la marque à sa perte.

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Les Cadillac d’aujourd’hui non, malheureusement, plus grand-chose à voir avec leurs devancières des années 50 (qui fut certainement l’âge d’or de la marque, comme d’ailleurs celui de beaucoup d’autres constructeurs américains) et plus encore avec les monumentales 16 cylindres des années trente. Après avoir réussies à survivre aux grands bouleversements qu’a connue l’industrie automobile américaine (Notamment les deux crises pétrolières des années 70), les Cadillac, qui ont, pendant longtemps, représenté (avec leurs principales concurrentes, les Lincoln) le parfait symbole du luxe automobile tel que le concevait les Américains, ont finies par perdre une grande partie de leur âme en singeant (souvent maladroitement) les productions japonaises et européennes. De nos jours, où la marque semble en perte d’identité ou cherche à s’en trouver une nouvelle, un nouveau modèle haut de gamme « superlatif », inspiré du concept-car Sixteen, ne serait pas inutile et même fort providentiel pour permettre à Cadillac de retrouver son prestige d’antan. Si, à l’image de l’Amérique elle-même, l’automobile a changé et ne sera sans doute plus jamais la même, la « nostalgie », ou, en tout cas, une référence claire et affirmée à ce passé glorieux ne serait pas, pour la marque, une mauvaise carte à jouer. Que du contraire. Cette méthode ayant été plus d’une fois utilisée par les constructeurs américains pour renouer avec la prospérité. Le choix d’une telle solution technique permettrait certainement à Cadillac, comme cela avait été le cas durant l’avant-guerre, de se différencier des autres constructeurs américains. Ce qui, à l’époque, est aussi un moyen judicieux pour attirer vers soi une clientèle d’élite. Une voix qui n’est peut être pas sans risque mais qui vaudrait sans doute la peine que celle qui reste, malgré tout, la division de prestige de General Motors, se décide à emprunter pour renouer, au moins en partie, avec une époque glorieuse. Celle d’un temps ou « big » et « beautiful » étaient des notions indissociables et où rouler en Cadillac conférait un prestige incomparable.

texte Maxime Dubreuil

Written by Jack

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