CADILLAC V16 – UN JOYAU AUTOMOBILE AU COEUR DE LA CRISE épisode 4

Histoire

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Les modèles de la gamme Cadillac vont toutefois connaître un changement de style encore plus radical à l’occasion du millésime 1934. La marque entrant alors dans ce que l’on appelle l’air « aérodynamique ». Afin de ne pas risquer d’effaroucher (et donc de perdre) sa clientèle, cette évolution va toutefois se faire de manière prudente et mesurée. Si les Cadillac de l’année-modèle 1934, qu’il s’agisse des modèles à huit, douze ou seize cylindres, pour les carrosseries ouvertes comme fermées, n’ont plus aucun panneau de carrosseries en commun avec celles du millésime précédent, elles conservent toutefois une allure générale fort classique. Les évolutions de style les plus visibles et les plus profondes se situent au niveau des ailes, plus arrondies et enveloppantes, ainsi que les angles des carrosseries, eux aussi arrondis. (Celles-ci étant, en outre, abaissées de 5 cm). Sur ces nouvelles carrosseries, les ingénieurs ont également tenus à rendre le compartiment moteur plus étanche (certains clients s’étant, en effet, plaints, sur les anciens modèles, de la remontée de chaleur dans l’habitacle). Elles sont aussi mieux insonorisées contre les bruits mécaniques ainsi que ceux provenant de la route. Si les nouveaux pare-chocs à deux lames et à butoirs en forme d’obus montés sur des ressorts télescopiques sont très réussis d’un point de vue esthétiques, ils vont, par contre, très vite se révéler totalement inefficaces et ils seront remplacés dès l’année suivante, par des modèles plus conventionnels. Les phares sont désormais entièrement peints et les avertisseurs sont maintenant placés sous le capot. Si, sur les V8 et les V12, les phares sont fixés sur les ailes, sur les V16, ils sont fixés au radiateur. Le châssis recevant, quant à lui, quelques modifications afin de mieux pouvoir supporter le poids du moteur. Si les carrosseries proposées au catalogue sont toujours nombreuses (52 au total, toutes réalisées par Fleetwood, dont 36 équipées d’un pare-brise en V et les 16 autres d’un pare-brise plat), la production totale sera à peine supérieure à celle de l’année précédente : 150 exemplaires à peine. A noter également que, cette année-là, Lawrence Fisher, l’homme à l’origine du lancement des Cadillac V16, cède son fauteuil de président de la marque à Nicholas Dreystadt.

Les modèles du millésime 1935 sont dévoilés à la presse et au public en janvier de la même année. Par rapport à 1934, les changements apportés, sur le plan esthétique, sont minimes. La nouveauté de ce millésime est l’apparition d’une carrosserie équipée d’un toit entièrement en acier, baptisé « Turret Top », dont ne bénéficiera toutefois pas encore la V16, car toutes les carrosseries de cette dernière sont réalisées par Fleetwood et ce dernier n’adoptera ce procédé, conçu par Fisher, qu’en 1936. La marque travaillant depuis depuis longtemps avec les carrossiers spécialisés dans la réalisation d’ambulances et de véhicules funéraires, un châssis bénéficiant d’un empattement extra-long de 4,06 mètres leur est spécialement destiné. Comme pour l’année précédente, la production de la V16 se limite à 150 exemplaires seulement (avec 41 carrosseries proposées au catalogue). Au fil des années, malgré l’image de grand prestige dont elles sont toujours empreintes, les Cadillac V16 deviennent de plus en plus marginales au sein de la gamme du constructeur et leur production baisse de plus en plus à chaque millésime. E

En 1936, on en construira, en tout et pour tout, que 52 exemplaires. Pour cette année-modèle, le nombre de carrosseries disponibles et réduit à dix-huit, mais certaines d’entre-elles ne connaîtront d’ailleurs aucune production ou ne seront produites qu’à deux ou trois exemplaires à peine. Les V16 sont à présent construites uniquement sur commande et la moitié de la production de l’année 1936 est constituée par des limousines à 7 places. Pour la première fois depuis 1914, les Cadillac sont maintenant désignées par année-modèle. Par exemple, l’usine présente les « Cadillac 1936 », ce qu’elle ne faisait pas auparavant. Mais les les changements de modèles et de spécifications ne seront pas régulièrement mis en pratique à chaque fin d’année, ce qui ne facilite évidement pas les identifications. Comme pour les V8 et les V12, le style change peu, à l’exception des ailes avant, entièrement redessinées et qui descendent maintenant jusqu’au bas du pare-choc. Les phares, eux, sont fixés sur les côtés de la calandre. Celle-ci est appelée « Convex Vee », car elle est de forme convexe et en V. Autre changement, aussi bien pratique qu’esthétique, les ouvertures de capot sont désormais orientées dans l’autre sens. A présent, quelque soit le modèle, toutes les carrosseries des Cadillac sont réalisées entièrement en acier.

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Le millésime 1937 marque une date importante dans l’histoire des Cadillac « multicylindres », à double titre. Tout d’abord parce qu’il s’agit de la dernière année de production du modèle V12. Comme pour la V16, ce modèle haut de gamme « intermédiaire », après avoir connu d’assez bons chiffres de production lors de son lancement, en 1931, avait toutefois rapidement vu, lui aussi, ses ventes s’effondrer au fil des ans. De 5 733 exemplaires en 1931, elles ne sont plus que de 478 exemplaires à peine en 1937. Même si, en cette fin des années 30, les effets de la crise commencent enfin à s’estomper, la mévente chronique de ses modèles haut de gamme a pour effet que la marque délaisse de plus en plus ces derniers pour se concentrer sur le seul modèle vraiment bénéficiaire de sa gamme, la V8.

C’est également la dernière année pour le V16 « originel » à soupapes en tête. La nouvelle V16 qui la remplacera l’année suivante n’étant, en réalité, qu’une Série 75 (La version haut de gamme des modèles V8) équipé d’un moteur à seize cylindres. Celui-ci n’est d’ailleurs, en fait, pratiquement qu’un twin-eight, c’est-à-dire un double huit cylindres dont chacun tourne en équilibre avec l’autre. Par rapport au modèle V8, sur la Sixteen, tous les accessoires sont en double, qu’il s’agisse des carburateurs, des pompes à huile, des distributeurs, des pompes à eau et à essence, des filtres à air, des bobines ainsi que des collecteurs d’admission et d’échappement. Seule la dynamo reste unique. Les pompes à essence, quant à elle, sont interconnectées et chacune peut servir de secours à l’autre en cas de panne. Le bloc-moteur est en fonte, incliné à 135°. Extérieurement, cette nouvelle Cadillac 16 cylindres se reconnaît par ses trois longues ouvertures de capot horizontales, ses feux arrière et de position sur les ailes qui lui sont spécifiques et ses trois baguettes de longueurs différentes qui décorent les ailes avant et arrière. Si la production de ce « nouveau » modèle connaît une hausse significative (315 exemplaires en 1938, contre seulement 50 en 1937), la V16 n’occupe toujours plus qu’une faible part des chiffres de vente de la marque. Par comparaison, durant le même millésime 1938, il s’est vendu, respectivement, 1 476 et 1 911 exemplaires des Séries 65 et 75 et 2 052 et 3 704 exemplaires des Séries 60 et 60S. Sur le plan esthétique, les Cadillac de l’année-modèle 1938, si elles se reconnaissent aisément de leurs devancières de 1937, les vraies différences qu’il y a entre les modèles de ces deux millésimes se résument, en réalité, à de simples retouches cosmétiques. Notamment une calandre droite et aux côtés plus larges, des phares placés plus bas ainsi que des ailes plus enveloppantes, à l’avant comme à l’arrière. A l’intérieur, seule une finition plus cossue et des équipements plus nombreux la distingue des modèles V8. Le tableau de bord suivant, lui, l’évolution des autres modèles de la gamme durant les deux millésimes suivants.

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Les Cadillac présentées en octobre 1938 (pour le millésime 1939) poursuivent cette politique d’une évolution esthétique constante mais mesurée. Si, là aussi, l’amateur n’aura guère de mal à reconnaître un modèle un modèle de 1939, les changements apportés, d’un point de vue « cosmétique », se comptent, finalement, sur les doigts des deux mains. Les principaux d’entre-eux portant sur le dessin de la proue, qui bénéficient d’une calandre inclinée à fanons horizontaux, qui épouse le rebord des ailes et s’élargie dans sa partie supérieure, jusqu’au bout de la mascotte du radiateur. Les phares, de leur côté, s’allongent encore davantage, prenant véritablement une forme d’obus ou de « goutte d’eau ». Le capot, lui, étant maintenant équipé d’une seule longue ouverture de forme rectangulaire sur chacun des côtés. Les ailes avant et arrière s’allongent sensiblement et ces dernières reçoivent une moulure chromée en forme de sabot au niveau de la portière arrière. Toutes les conduites intérieures à quatre et à six glaces recevant, elles, une malle bombée entièrement intégrée au reste de la carrosserie. Les voitures de l’année-modèle 1940 poursuivent dans la lignée esthétique inaugurée en 1939 et elles n’en diffèrent guère que par des changements mineurs. La principale différence étant la calandre, dont les barres horizontales sont plus épaisses et moins nombreuses. Sur chaque côté du capot, des ouvertures rectangulaires ornées de grilles horizontales rappellent le dessin de la calandre. A l’arrière, des feux rectangulaires sont disposés de chaque côté de la malle. En plus de ces changements propres à tous les modèles de la gamme, la V16 reçoit aussi des changements qui lui sont spécifiques. Comme de nouveaux instruments de bord ainsi que de nouveaux pare-chocs. Des évolutions esthétiques qui ne concerneront toutefois que les modèles à moteur V8, la série V16 conservant, quant à elle, les lignes des modèles du millésime 1938 jusqu’à la fin de sa production. (Un signe manifeste que la firme s’était sans doute presque complètement désintéressée d’elle et que le modèle était, à terme, condamné).

A suivre

Written by Jack

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