Une Bugatti Atalante endormie

A la loupe

 

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Il y a environ 40 ans, alors que j’étais encore un jeune étudiant, je fréquentais tous les samedis après-midi un groupe de joyeux Bugattistes passionnés par les joyaux de Molsheim. Au cours de nos interminables conversations, l’un d’eux m’expliqua, comment dans les années soixante, il avait découvert et acquis sa Bugatti Type 44. « Je l’ai trouvée en France » m’a-t-il dit et le plus extraordinaire, est que le propriétaire en avait une deuxième.

Mon sang ne fit qu’un tour, je pensais « Alors, qui sait, peut-être que l’autre se trouve encore là-bas en France », cette idée devint une obsession, il fallait que je la retrouve.

Le nom du village où mon ami m’avait signalé l’existence d’une deuxième Bugatti ne me disait rien, il ne figurait sur aucune carte, nous étions en 1977 et Google Map n’existait pas encore naturellement. Mais en recoupant les informations que j’avais et par déduction, je pus avec l’aide du très bon Atlas mondial du Time Magazine, cerner à peu près la région où cette Bugatti pouvait éventuellement se cacher. J’avais l’impression d’être un vrai archéologue, recherchant l’Atlantide ou quelques autres cités perdues, aux rues pavées d’or…

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Une fois identifié le village où se cachait l’objet de tous mes désirs, il ne me restait plus qu’à convaincre, mon épouse et les enfants de l’intérêt d’effectuer un voyage d’agrément jusqu’en France (je suis hollandais).

À peine étions-nous arrivés, que je me suis immédiatement arrêté dans le village où ma future proie était supposée vivre. Il était environ deux heures de l’après-midi, heure à laquelle, tout le monde s’était assoupi pour une sieste naturellement bien méritée. Je décidais tout de même de faire quelques pas, dans le village pour tenter de deviner où pouvait bien se cacher la Bugatti. Mais existe-t-elle encore, a-t-elle été déjà vendue toutes ces pensées commençaient à m’angoisser de plus en plus, j’avais fait ce si long voyage sans l’ombre d’une preuve de l’existence d’une belle de Molsheim…

C’est alors que je vis un petit garage plein de charme comme l’on n’en fait plus, il se trouvait dans la rue principale et comble de chance il était ouvert. Je suis entré et ai vu un sympathique mécanicien en plein travail, « Désolé de vous déranger mon bon Monsieur, surtout en plein travail, mais sauriez-vous par harsard, s’il n’y a pas peut-être une Bugatti dans le village ? ». La question peut paraître complètement folle aujourd’hui, mais à l’époque elle n’avait rien de saugrenu.

« Oui », me répondit le sympathique mécano, je n’en croyais pas mes oreilles j’avais mis dans le mille dès le premier coup, j’étais au bon endroit premier point positif pour moi maintenant espérai-je, être aussi là dans ce village, au bon moment.
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Ce oui me parut tellement miraculeux, que je demandais au mécanicien de bien vouloir me le répéter. « 
Mais oui, je vous dis vous n’avez qu’à descendre la rue principale un peu plus loin et lorsque vous vous trouverez dans une impasse étroite, la maison du propriétaire de la Bugatti sera sur votre gauche, et vous verrez la voiture à travers la porte ouverte du garage elle l’est toujours de toute façon » … mon cœur battait la chamade c’était tout simplement incroyable !

Je suivis les instructions, et quelques minutes plus tard … Je me trouvais face à face avec une fabuleuse Bugatti T57 Atalante, une des toutes premières construites et qui plus est entièrement d’origine, la voiture était assise sur des cales en bois, cachée sous des couvertures. J’étais totalement stupéfait au comble de l’excitation, une Bugatti, mais qui plus est une Atalante la plus belle carrosserie jamais réalisée à Molsheim, alors que je tournais frénétiquement autour de la voiture, le propriétaire apparu nous discutâmes un très long moment je compris qu’il était marchand de bestiaux, j’étais à ce point obnubilé par l’Atalante que je n’avais même pas remarqué que dans le même garage se trouvaient son camion, sa Citroën DS et une Simca garés juste à côté de cette sculpturale Type 57.

Le propriétaire m’expliqua que la voiture était assise sur ses plots de bois depuis 1951 ou 1952, et n’avait roulé qu’une fois seulement durant toutes ces années et qu’elle appartenait en réalité à sa femme, la pauvre femme était confinée au fond de son lit depuis des des années à cause de violentes crises d’arthrite, d’ailleurs cette-dernière, commençait à crier depuis sa chambre se situant au-dessus du garage : « qui est là …? », j’aurais voulu aller lui dire bonjour , discuter avec elle, mais son mari m’expliqua que ce ne n’étais hélas pas possible je n’ai donc jamais pu la voir.

Le propriétaire m’expliqua toute l’histoire de sa voiture, incroyable, mais vrai cette Atalante (châssis 57254) avait appartenu à Méo Costantini le fameux chef de l’écurie Bugatti en personne !

Naturellement vint la question cruciale la plus difficile : « Combien souhaiteriez-vous pour votre Bugatti mon Cher Monsieur », « Pour l’instant l’Atalante n’est pas à vendre » la réponse était cruelle, passer si près du but et le manquer était bien difficile à supporter. Je sentais bien qu’il valait mieux ne pas trop insister. Nous décidâmes toutefois de rester en contact, chaque année je prenais des nouvelles des propriétaires de cette merveille, cartes de Noël, lettres nombreuses suivies, j’effectuais aussi de nombreuses autres visites dans les années qui suivirent afin de les rappeler à mon bon souvenir.

Mais rien n’y fit quand l’Atalante a finalement été à vendre, 20 ans après ma première visite, les prix ayant grimpé en flèche et ayant dépensé tout mon argent dans d’autres voitures, je me trouvais dans l’impossibilité, d’acheter ce chef-d’œuvre de l’Art automobile français auprès du fils des propriétaires décédés. Ce dernier la confia à une maison de vente aux enchères locale en 1998 (où elle fut très remarquée, de nombreux médias parlèrent de cette découverte miraculeuse), la voiture dans un très bel état d’origine fut vendue à un excellent prix, puis repassa aux enchères sous le marteau de Christie’s quelque temps plus tard…

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Étonnamment le sort actuel de cette Atalante nous est inconnu! Alors, voici peut-être votre chance de la redécouvrir une seconde fois! Peut-être cette 57 vous attend-elle sagement endormie dans une grange ? Qui sait ?

Mais attendez la suite de mon histoire, vous allez être scotchés, car elle devient carrément surréaliste. La Bugatti Atalante qui était assoupie sur ses plots depuis si longtemps se trouvait être à quelques kilomètres seulement du château de M. Baillon, où dormaient toutes ses merveilles cachées aux yeux des curieux. Si seulement j’avais interrogé le marchand de bestiaux un peu plus longtemps …Il y a des jours où l’on ferait mieux de rester couché!

Quelques années plus tard, ma dernière fille naissait je décidais de l’appeler Atalante en souvenir de cette belle rencontre…

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Written by Jack

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