Mais que fait la Police, on massacre une Talbot Lago Goutte d’eau !

Histoire

talbot lago goutte d'eau figoni

 

Une pauvre Talbot Lagot « Goutte d’eau » honteusement massacrée par un imbécile de la pire espèce…

En voyant ces images vous vous dîtes, mais comment cela a-t-il été possible, pourquoi un tel massacre ? Oui nous avons tous vu tant d’images de véritables chefs d’œuvre automobiles couchant aux quatre vents, ou encore servant dans une arrière-cour de banque d’organes ou tout simplement abandonnés dans une grange mal isolée. Mais là nous parlons d’autre chose, nous avons à faire à un épouvantable spectacle de destruction et de désolation, de ce champ de bataille stupide et puérile où seule la barbarie avait droit de cité rien n’aura survécu, rien !

Oui pire que les plus cruels ferrailleurs il y a eu, les courses de stock cars des années d’après-guerre qui ont vu périr tant de merveilles automobiles et tout ceci pour satisfaire la bêtise humaine la plus crasse. Décidément la grâce et la stupidité ne font pas bon ménage.

Vous vous demandez comment il est possible que l’on ait pu détruire des voitures aussi incroyables qu’une Talbot Lago « Goutte d’eau » par Figoni et Falaschi, une exceptionnelle Delahaye 135 M – ou MS de Saoutchik de même qu’une Bugatti – probablement un type 44, dans le seul but de satisfaire une foule avide de destruction et de mise à mort facile, ces image font immanquablement penser, aux jeux antiques où des martyres étaient jetés aux lions.

Et oui d’une certaine manière ces sublimes voitures sont en quelques sortes nos martyres à nous les passionnés d’automobile car malheureusement, aucune d’entre elles n’y aura survécu. Quel terrible spectacle pour nous les amoureux transis de ces belles d’autrefois, comment comprendre qu’une telle sauvagerie ait été possible. Beaucoup d’autres fleurons du haut de gamme français ont été impitoyablement sacrifiés sur l’autel des « courses » de stockcar. Si seulement ils avaient su les imbéciles…

 

 

delahaye 135 m ou ms

Une sublime Delahaye 135 complètement massacrée

Il faut le reconnaître nos belles n’ont pas toujours eu le statut de déesses (non pas la Citroën qui en est une d’ailleurs), qu’elles arborent aujourd’hui. Oui autrefois, beaucoup d’entre elles ont été dépouillées, découpées, massacrées. Les années de guerre et d’après-guerre où les priorités étaient simplement de survivre, ont été particulièrement meurtrières pour la Belle automobile.

Peu de personnes, leur accordaient en ce temps-là, l’importance qu’elles méritaient, il faut s’en souvenir et remercier tous ces amateurs qui ont su deviner avant tout le monde que ces bouts de ferrailles étaient en réalité des chefs d’œuvre en péril. J’admire le courage et la ténacité dont ces amateurs ont su faire preuve, afin de sauver ces automobiles de légende, je crois que l’on peut tous leur en être éternellement reconnaissants.


Mais maintenant place au massacre et à la désolation les photographies illustrant l’article semblent avoir été prises en 1958. Vu la qualité et la grande proportion de voitures françaises il est plus que probable que tous ces clichés montrent des courses de stockcars organisées en France. En effet on voit mal une telle course avoir lieu aux États-Unis où l’on aurait utilisé une Bugatti, des Delahaye ainsi qu’une Talbot-Lago « Goutte d’eau », comme chars d’assaut pour participer à une telle ignominie !

bugatti probablement type 44

Une Bugatti (probablement un Type 44) visiblement gagnante comme d’habitude

Comme vous le voyez, les voitures ont pour la plupart perdu de leur glamour à cause des différentes transformations subies pour les renforcer afin d’en faire, de véritables bolides de stockcar avec ou sans cage de protection. A tel point, que parfois il est difficile de dire avec certitude à quel type de voiture, nous avons à faire, mais dans bien des cas la paternité de la carrosserie à tel ou tel maître carrossier est évidente.

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Une sublime Delahaye par Saoutchik comment un tel joyau a-t-il pu atterrir là ?

Mais alors d’où vient cette idée complètement folle d’organiser des courses automobiles, dont le seul but consiste à les détruire. Comme vous allez le découvrir, l’origine des courses de stockcar course est pleine de surprises.

Les courses de stockcar ont naturellement vu naturellement le jour aux Etats-Unis dans le sud des Appalaches plus précisément, où les contrebandiers du cru étaient chargés de convoyer toutes sortes de produits illicites à travers la frontière, pour ce faire ils utilisaient leurs voitures de prédilection : des Ford V8, spécialement préparée bien sûr…

course stock car aux Etats Unis

Coursés par les différentes polices chargées de les traquer, ces « mauvais garçons » comme ils aimaient à se faire appeler devaient faire preuve de talents de pilotage digne de Nuvolari comme : tracer sa route sur un parcours sinueux et non bitumé le tout à des vitesses avoisinant les 80 miles de moyenne. Un exploit compte tenu de l’état des routes et de la rusticité de leurs machines. De vrais pilotes en somme, et comme vous pouvez l’imaginer les bougres étaient aussi fiers de leurs machines que de leur talent de conducteur, il n’a pas donc fallu longtemps avant que ces « mauvais garçons » se décident à créer leurs propres compétitions sur des pistes improvisées à même les pâturages ou encore tracées dans des champs de maïs, afin de pouvoir se concurrencer à bord de leurs bolides dans des courses complètement endiablées, les prémices de Fast and Furious en quelque sorte.

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Différentes variantes de Ford V8 en pleine bataille

Après avoir connu un immense succès populaire aux Etats Unis, ces courses allaient se professionnaliser petit à petit jusqu’à ce qu’un certain Bill France fonde l’Association nationale pour Stock Car Auto Racing (NASCAR) en 1948, organisation importante s’il en est de courses de stock car de sport automobile. Bill France a très vite fait de ces courses rudimentaires, un spectacle populaire et oh combien lucratif, en organisant des compétitions officielles de plus en plus professionnelles : circuits permanents, tribunes, publicité, produits dérivés etc…

Le concept du stockcar, a très vite traversé l’Atlantique dans les années 1950, pour devenir une attraction appréciée des amateurs de carambolages en tous genres. Comme vous pouvez le voir ces courses étaient même sponsorisées par de grandes marques comme Coca Cola ce qui prouve, leur succès. Malheureusement, les concurrents pour avoir quelque chance de succès se devaient d’avoir des machines à la fois puissantes et solides, une Panhard PL 17 malgré ses qualités n’aurait pas fait le poids face à une Matford par exemple. C’est pourquoi, nombre de coureurs (si on peut les appeler ainsi), ont porté leur choix sur de belles et puissantes machines d’autrefois, qui à cette époque n’avaient plus guère de valeur, d’où ce spectacle déchirant et consternant de bêtise et de sauvagerie…

En France ce genre de courses, semble être passé de mode assez rapidement, pour devenir plutôt anecdotique de nos jours. Alors qu’aux Etats Unis, le stockcar n’a cessé de gagner en popularité et en puissance, pour devenir l’immense organisation que l’on connaît aujourd’hui.

Les pauvres petits contrebandiers d’autrefois ont depuis fait place à de vrais coureurs évoluant dans des équipes aux enjeux économiques autrement plus difficiles et ardus que d’échapper simplement à la police !

Crédits photos Rafaelli « archives d’une passion ».

Texte Simon Hardy

Written by Jack

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