L’Alfa Romeo 6 C 2300 de Mussolini.

Histoire

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L’Alfa Romeo 6 C 2300 de Mussolini.

Ercole Baratto au volant de l’Alfa du Duce lors des Mille Miglia de 1936, l’équipage terminera à une très belle 13ème place

En 1934 Alfa Romeo lance l’un de ses joyaux automobiles, dont elle a le secret : le modèle 6C 2300. Comme son nom l’indique ce bolide est équipé d’un moteur 6 cylindres en ligne à bloc en fonte et culasses en aluminium, cubant 2 300 cm3. Dessiné par Vittorio Jano le génial concepteur développeur et ingénieur d’Alfa Romeo, cette version a été conçue, comme une alternative meilleure marché au légendaire modèle 8 Cylindres en ligne, si couteux afin de permettre à la firme de Milan, de se développer, sur le segment du marché plus rentable de ce que l’on n’appelait pas encore le « Grand Tourisme ».

La 2300 6C a une place toute particulière, dans l’histoire d’Alfa Romeo, il s’agit de l’un des tout premiers modèles commercialisés par l’usine de Portello après sa nationalisation en 1934.

Mussolini grand amateur de sport automobile et de belles mécaniques en général, aura contribué pour beaucoup dans la décision de ce sauvetage du grand fleuron italien de la belle mécanique. Mais nous y reviendrons plus tard, lors de la présentation de l’Alfa personnelle du dictateur.

La 2300 permettra, à la marque fraichement nationalisée d’offrir à une clientèle aisée une machine à la fois puissante et agréable à conduire. Ce châssis à la mécanique raffinée est bien conçu, bénéficiera de toute les attentions des meilleurs ingénieurs de la marque, qui le feront évoluer au fil des années, notamment en le dotant en 1936, d’une suspension indépendante, de freins hydrauliques ainsi que d’une nouvelle suspension arrière ; devenant ainsi, la 6C 2300 B. Cet extraordinaire modèle fera le bonheur des meilleurs carrossiers de l’époque Touring, Pinin Farina, Castagna la crème de la crème. En 1937, lors de l’arrêt de sa production, quelques 700 modèles à essieux rigides et 850 Tipo B auront été produits, un triomphe commercial.

Mais connaissant le tempérament des ingénieurs de la firme de Portello toujours plus enclins, à en découdre sur les circuits que de ronronner gentiment sur les stands feutrés des Salons automobiles, la décision d’offrir une version course au modèle a rapidement été prise. Inscrites au Giro d’Italia puis à la Targa Abruzzo, des versions spécialement affûtées de la 6C 2300 Turismo, allaient servir de prototypes à la version sport-compétition du modèle. De ces prototypes naitra la légendaire version Pescara, dénommée ainsi après le succès du modèle sur le circuit de Pescara, une ville de la côte Adriatique, où se couraient les 24 heures des Abruzzes.

Grâce à la Pescara, les amateurs de courses automobiles fortunés se voyaient offrir, une version plus sportive de la 6c 2300 ; deux carburateurs au lieu d’un seul et pratiquement 100 chevaux sous le capot. Spécialement développée pour la course la Pescara, permettra aux gentlemen drivers de s’engager dans les courses les plus prestigieuses avec une robuste voiture, moins sophistiquée donc moins chère et plus facile d’entretien pour un privé sans pour autant faire pâle figure, face aux grandes écuries disposant des machines les plus puissantes.

La Pescara fera l’admiration des plus grands amateurs de belles mécaniques, dont un certain Benito Mussolini, le tristement célèbre dictateur était il est vrai, un inconditionnel de la marque au Serpent.

Pour combler les désirs automobiles du dictateur, Alfa Romeo ira jusqu’à fournir au Duce un modèle spécial de la Pescara, plus affuté encore que l’original produit à seulement deux unités. Cette voiture sera livrée par Alfa sous la forme d’un spyder spécialement développé pour les courses sur route, le tout carrossé par Touring. Le résultat fut une automobile rêve qui aujourd’hui encore est considérée comme l’un des plus beaux spécimens de la Pescara.

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L’Alfa de Mussolini aujourd’hui

Mais la passion du dictateur ne s’arrêtait pas à uniquement posséder le meilleur de la production de voitures de course italiennes, le Duce grand amateur de courses automobiles, était fermement décidé à engager sa toute nouvelle merveille dans la plus prestigieuse des courses sur route jamais organisées : Les Mille Miglia.

Cette course revêtait un caractère tout particulier pour le régime fasciste italien le Mille Miglia étaient alors devenues une véritable vitrine pour démontrer les soi-disant vertus (sic) de la politique voulue par le Duce. Les fascistes étaient bien décidés à instrumentaliser cet évènement. Pour preuve Mussolini lui-même décida de fournir 80 000 de ses soldats pour aider les organisateurs des Mille Miglia à gendarmer la route.

Voir des voitures italiennes gagner cette grande course courue par toutes les nations montrait la supériorité des bolides latins sur leurs concurrentes européennes et ainsi un peu de leur prestige rejaillissait sur l’image du pays. Il n’y a pas de petit profit…

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L’Alfa 6c 2300 Pescara du Duce aux Mille Miglia de 1936

C’est pourquoi Mussolini inscrit sa propre 6C Pescara spyder aux Mille Miglia de 1936, il choisit comme pilote son propre chauffeur Ercole Baratto qui terminera à une très belle 13e place, montrant le potentiel de son bolide. Cette belle performance allait servir d’alibi au régime pour monter une opération de propagande comme il savait si bien le faire.

En 1936, l’Italie ayant envahi l’Abyssinie sans aucune motivation légale, des sanctions internationales ont été votées contre elle, rendant l’importation de pétrole et autres matières premières encore plus difficile. Pour contrer ces sanctions et tenter de minimiser leur impact, Mussolini décida d’investir dans le développement de carburants artificiels produits en Italie, des carburants « fascistes » comme les appellera la propagande !

L’inscription de sa voiture à la plus populaire des courses italiennes était décidément une trop belle occasion pour le Duce afin de vanter les vertus de son carburant. C’est ainsi qu’il revendiquera, avoir fait courir sa voiture grâce à ce carburant miracle durant toutes les Mille Mille.

Après cet éclatant coup d’éclat la presse automobile du monde entier relata l’exploit, faisant bien malgré une magnifique publicité pour le régime et essence miracle. Mais en réalité la voiture a couru et finit la course en consommant de l’essence ordinaire, comme tous les autres participants. Un petit réservoir secret alimentant le moteur en essence standard avait même été fabriqué, montrant ainsi jusqu’où la perfidie du dictateur pouvait aller.

Mussolini conserva cette voiture jusqu’en 1939, le Duce était si fier de son bolide, qu’il l’utilisera même à l’occasion de quelques parades ! A cette date il céda son joyau à l’un de ses fidèles, après quoi la voiture traversa miraculeusement la guerre et passa de main en main pour finalement atterrir dans le garage d’un grand spécialiste de la marque qui n‘hésite pas à inscrire son bijou, dans de nombreux concours d’élégance à la grande satisfaction des alfistes du monde entier.

Simon Haldy, crankhandleblog.com.

Crédits photos H&H Auctions

Written by Jack

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